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dimanche 10 février 2013

Le pouvoir


David Orrell et Tomas Seldacek avaient déclaré dans "le crépuscule de l'Homo Œconomicus" :
« Le principal obstacle au changement c’est le pouvoir. La théorie économique tient aux qualités de ses experts qui la défendent. »

Le prix serait toujours juste grâce aux jeux du marché et la plupart des théories économiques dépendent de cette allégation. Je vous invite à lire mes précédents articles afin de vous faire votre propre idée sur la question.
Quoiqu'il en soit, qu'apporterait un changement en matière d'économie, de politiques économiques et de travail ? Sans entrer dans la théorie du complot, nous savons qu’un changement pourrait apporter des effets négatifs aux classes aisées et très aisées : ce n’est donc pas dans leur intérêt qu’il y ait des réformes et des bouleversements dans le système actuel. Ils n’hésitent pas à investir des sommes colossales pour que rien ne change et conserver à leurs cotés ceux qui pourraient déranger le système.
L’enjeu est l’argent et le pouvoir…

Pour le philosophe Axel Honeth, nous vivons dans une société du mépris, d’où le besoin d’affirmer l’estime de soi et le respect.


Notions de pouvoir

On estime qu’il existe 3 sources de pouvoir :
  • Le pouvoir charismatique : c’est une sorte d’autorité naturelle qui émanerait d’un leader/meneur/donneur d’ordre. A la manière des religieux par exemple.
  • Le pouvoir traditionaliste : C’est soit un pouvoir fondé sur la tradition (forme de népotisme), soit sur les compétences. Ce pouvoir est souvent de nature bureaucratique (au sens de Fayol). Bref, c’est l’institution qui fait le chef.
  • Le pouvoir démocratique : C’est l’autorité par élection ; la loi du nombre.     
 Pour vous, quel est celui qui primerait aujourd'hui? On peut en discuter mais cela pourrait  bien être pouvoir traditionaliste (malgré tout ce qu'on en dit)...



Le pouvoir en économie et en politique

Une des «lois» en économie est que les intérêts privés et individuels concourent à l'intérêt général. Inutile d’avoir un doctorat pour comprendre que toute chose n'étant pas égale, à la manière d’une loi de la jungle des temps modernes, ce n’est pas forcément vrai.
Seuls les plus influents se font entendre et ce n'est pas forcément dans l'intérêt de tous.
Que ce soit les pigeons, les moutons, les chauves ou je ne sais qui, ils le font dans leurs purs intérêts et généralement au détriment du plus grand nombre.
Un des exemples récents est celui des banques et du projet de réforme bancaire. Après avoir bien profité des aides (et d’avoir littéralement brisé la « loi du marché » en posant le débat de l’alea moral), le président de la Fédération Bancaire Française a demandé de reporter le projet de réforme bancaire à 2017. Motif ? Nous sommes dans un monde ouvert et cela rend les banques françaises moins compétitives.
Fin 2010, Paul Krugman déclarait dans le New York Times :
« Voyez-vous, les riches sont différents de vous et moi : ils ont plus d’influence. C’est en partie dû à leurs contributions aux campagnes électorales, mais cela résulte aussi de la pression sociale qu’ils peuvent exercer sur les politiques. Ces derniers passent beaucoup de temps avec les riches. Et lorsque les riches sont menacés de payer un supplément d’impôt de 3 ou 4 pour cent sur leur revenu, les politiques compatissent, de façon bien plus aiguë, à l’évidence, que lorsqu’ils sont confrontés à la douleur des familles qui perdent leurs emplois, leurs maisons, et leurs espoirs. »

Pourquoi tant d'influence ?

Comme l'a dit Paul Krugman, il y a une nette différence entre la prestance, l'élocution, le ressenti,…entre un riche et un pauvre. Mon objectif n'est pas ici de stigmatiser les riches mais de faire remarquer qu'ils savent comment parler, comment convaincre, comment se faire écouter, comment influencer les décideurs...Et en plus ils donnent l'impression d'avoir "réussi" et par eux-mêmes qui plus est (mythe du self made man). Bref, d'être des bons hommes qui sauront prendre les bonnes décisions pour la société.
Les personnes aisées ne vivent pas dans le même monde que celui de M. Toutlemonde.  Elles possèdent un réseau de personnalités toutes plus influentes les unes que les autres, les plus grandes écoles leurs ouvrent la porte, l’argent arrive plus facilement,…Bien que ces personnes ont souvent et surtout bénéficiées d’un héritage (financier, culturel, social, médiatique,…) elles possèdent une aura naturelle de réussite : argent, réussite, intelligence et en plus elles créent des emplois. Enfin elles ont souvent l’habitude de « chauffer les foules », de commander et diriger (héritage culturel et familial que ce soit en observant ses parents ou en ayant du personnel de maison) : la grande classe !
Ajoutons à cela qu’il existe une forte connivence entre le monde des affaires et le monde politique. Et elle est tout à fait compréhensible : ils étaient ensemble sur les bancs de l’école, leur famille fait partie d’un réseau de hauts cadres et/ou de dirigeants et/ou de hauts fonctionnaires qui eux même ont des relations anciennes avec d’autres entrepreneurs et politiciens,…C’est le même monde. Et on sait qu’il est difficile de dire « non » à un ami.
Il est évident que cela fausse la recherche économique et créé de l’idéologie : être persuadé (en réalité croire) que c’est naturel.

Encore une fois, je ne fais pas ici d’apologie de la théorie du complot : il suffit d’être franc pour reconnaître que si M. Toutlemonde n’est pas content d’une décision du gouvernement, il ne pourra rien faire (il ne saura même pas par où commencer) alors que M.Unpourcent saura quoi faire et saura se faire conseiller. Quand nous faisons nos parties de cartes et que nous nous mettons autour du fromage et du saucisson pour parler soucis et joies, vous imaginez bien que les gens aisés le font aussi…,de manière probablement différente, mais en tout cas ils en arriveront aussi à parler de leurs différents soucis. Si l’un d’eux est la fiscalité par exemple, il est possible que ce sentiment soit partagé et qu’ils puissent faire le nécessaire pour se faire entendre.

Et il est tellement aisé de tirer la couverture vers soi quand on en a le pouvoir…



Le pouvoir dans l’entreprise

On estime que l’entreprise connaît un aplatissement considérable de la hiérarchie, permis par plusieurs raisons (amené par l'évolution du management) :
- Informatisation : l’informatique permet de contrôler : il n’y a plus besoin de « petit chef » (Ex : Carte magnétique, caméras,…) ; 30% des salariés subissent un contrôle permanent,
- La constitution des équipes : Il n’y a plus besoin de chef, car les salariés vont se contrôler entre eux. C’est le passage de la loi du père à la loi des frères (ce qui est plus dur, car c’est la loi par nos semblables, c'est-à-dire par un comme nous). Grosso modo, cela signifie que nous nous contrôlons les uns les autres : Imaginez un bureau avec dix comptables ou dix techniciens de surface en plein travail (tous au même niveau). Tout le monde finit normalement à 17h00 et quelqu’un voudrait partir à 16h...Imaginez qu’à 16h, il commence à ranger ses affaires et se préparent à partir...

Il faut tout de même ajouter une précision sur cet aplatissement : moins il y a de chefs, même cachés, plus ils sont puissants. Pire : plus cela crée un certain flou et un jeu de pouvoir.  

Ainsi l’entreprise moderne n’offrira plus les mêmes perspectives d'évolution. On peut estimer que beaucoup de salariés ont un besoin de changement, de mobilité. La solution c’est de créer une mobilité horizontale. De même, il y aura moins d’évolution des salaires, ce qui concourt à la dé-moyennisation de la société (du coté salarié) et à la baisse des charges de personnel (du coté employeur).
Il faudra également accompagner ce nouvel état d'esprit par de nouveaux artifices : stage de motivation, stage de communication, des outils de reconditionnement (PNL, analyse transactionnelle,...),...

Manager et Identité

Le mot "manager" signifie de plus en plus "auto-contrôler" afin que tout le monde soit un Manager" dans le sens Manager (de soit ou de ses pairs). C'est sans doute une conséquence du développement du management maternant.
Une autre conséquence est la transformation des identités de métier : l’équipe, au sens moderne, voit l’entreprise se substituer aux identités de métier (fin de la culture de métier et corporations).
Le lien social dans l’entreprise s'est transformé : on parle de fusion ou de lien amoureux à l'entreprise ("J'aime ma boîte", "I love Mc Donalds",...) - d'un point de vue technique, on utilise l'expression de « psychologisation du lien social avec l’entreprise ». 

C'est à mon sens assez grave de manipuler cette logique du désir car amour et haine ne sont que les deux facettes de la même pièce...

vendredi 2 octobre 2009

De La Taxe Carbone


Pour diviser par quatre ses émissions de GES (Gaz à Effet de Serre) d’ici 2050, il semble indispensable de faire évoluer les modes de vie des français.

La commission Rocard a alors travaillé sur les moyens à mettre en œuvre pour forcer ce changement de comportement.

Une des solutions proposée a été la contribution climat-énergie (CCE), plus communément appelée taxe carbone. En théorie, elle concernera les entreprises et les ménages.
En parlant de taxe, il faut savoir que la France fait partie des plus laxistes en matière de taxes environnementales : elles sont en recul depuis 1996 et ne représentent que 2,1% du PIB, contre 2,7% dans l’UE.

Il a été décidé de ne taxer que les énergies fossiles (gaz, pétrole,…) et d’exclure à la fois les secteurs soumis au permis d’émission carbone (sidérurgie,…) et une partie du secteur agricole.

Concrètement, l’Etat fixera le prix du CO², ce qui pour conséquence un ajustement des émissions de GES. Le prix annoncé de la tonne carbone sera de 17€ par tonne, ce qui fera augmenter les prix :
- Du pétrole, entre 4 et 5 centimes par litre,
- Du gaz, d’environ 0,4 centime par KWh,
- Du fioul de chauffage, de 4,5 centimes par litre.



Plusieurs critiques ont été émises :

1. CCE ?
On assimile souvent la CCE française à la CCE du Grenelle de l’environnement. Or le gouvernement a adapté cette dernière. On peut noter deux différences majeures : le taux de taxation proposé est trop faible et il va peser plus lourd sur les petits ménages.

Selon Alternatives Économiques:
Les 35% des ménages les plus pauvres dépensent en proportion deux fois plus pour l’énergie, que les 5% des ménages les plus riches.
La taxe carbone et "l'Ecolo-Sarkozysme" porte donc des valeurs différentes comme :
- La Croissance durable,
- L'incitation (et non la contrainte),
- Le choix du nucléaire.


2.
Les cibles
En lisant le rapport de la commission Rocard, il semble évident que les principales cibles sont les ménages avec pour objectif la diminution de la consommation importée et la stimulation des entreprises.
A ce sujet, il existe une étude de Cambridge qui montre que dans les pays ayant appliqués une telle mesure, cela avait permis de relancer la croissance et d’améliorer la compétitivité des entreprises. Ce qui semble normal quand, par exemple, en Suède, les consommateurs contribuent 2,5 fois plus que les entreprises (grâce à la diminution des cotisations sociales).
C'est un simple transfert de fiscalité des entreprises vers les consommateurs/ménages.

Il reste encore la question de l’adoucissement de la taxe carbone sur le secteur agricole, qui représente environ 15% des émissions de GES en France et où les comportements devraient pourtant évoluer sur plusieurs points.

Une des interprétations de cette taxe dite 100% écolo, est celle d’un transfert de charge des entreprises vers les ménages.
Ne serait-ce pas une tromperie recouverte d’un vernis vert ?


3. La redistribution
Dès février 2010, elle sera intégralement redistribuée aux ménages, via un possible chèque «vert», et aux entreprises, via des crédits d'impôt (et la disparition de la taxe d’apprentissage).

Les députés, de la commission des finances de l'Assemblée, ont récemment décidé d'augmenter les compensations pour les ménages habitant en montagne ou étant mal desservis par les transports en commun.
Ils ont également remis à l'ordre du jour la taxe sur les sacs plastiques dans les caisses.

Bref entre un taux d’imposition très faible et une redistribution intégrale, on peut se demander si la taxe carbone va vraiment influencer le comportement des ménages et inciter les entreprises à innover et à se perfectionner.


4. Une taxe supplémentaire efficace ?
La taxe carbone va s’ajouter à la Taxe Intérieure sur les Produits Pétroliers (TIPP), rendant une essence déjà chère, encore plus chère. A titre de comparaison, la taxe carbone fera augmenter le prix au litre de 4 centimes, contre 60 centimes pour la TIPP.
Aucune étude sérieuse n’a révélé que le principe d’élasticité des prixen la matière est efficace (élasticité des prix: rapport prix-consommation ; si les prix augmentent, la consommation doit normalement diminuer). On pourrait comparer la taxe carbone à la taxe sur les cigarettes : en augmentant les taxes sur les cigarettes de 10%, on observe un retour à la consommation antérieure en 8 mois. Quid de la taxe carbone?

Et puis, les entreprises vont vraisemblablement répercuter la taxe carbone sur les prix, là où le consommateur captif ne pourra rien faire.
Exemple: Admettons que le boulanger répercute 4 centimes sur sa baguette, que pourra faire le consommateur lambda ?
Ou encore, comment les locataires, se chauffant aux énergies fossiles, feront-t-ils pour modifier leurs comportements?


On peut se demander si le but de cette taxe n’est d’appauvrir les ménages pour qu’ils consomment moins et donc polluent moins.


5. La taxe carbone sera-t-elle indexée sur l’indice des prix ?
Si oui, on en arrive à deux constats:

1e constat: Augmentation des prix à cause de la taxe carbone :
Puis hausse du niveau des retraites (car indexée aussi sur les prix)
Puis hausse des dépenses de la sécurité sociale
Puis hausse des dépenses de l’Etat.

2e constat: Augmentation du prix du fioul à cause de la taxe carbone :
Puis hausse des loyers en France (car indexé sur l’indice des prix): double taxation.


6. La remise en question de l’automobile
Reste encore à régler deux problèmes liés à l’automobile:
Un d’ordre culturel : la voiture est un symbole profondément ancré en France ;
Et un autre d’ordre technique : il n’y a pas vraiment d’alternatives proposée. La voiture propre (électrique ?) n’est pas encore accessible au grand public. Certes il existe des transports en commun en ville, mais cela ne concerne pas tout le monde, surtout depuis le phénomène d’étalement urbain.


Même si la fiscalité n’est pas le meilleur outil pour modifier les comportements, il faut avouer que ne rien faire serait pire. La taxe carbone, bonne ou mauvaise, part d'un effort collectif pour tenter d'améliorer la situation.
Est-ce qu'elle sera efficace ? C'est une autre paire de manche. On estime que les émissions de GES vont baisser mais c'est surtout les défis futurs qu'il faudra surveiller:
Bref, comment faire progresser cette taxe et quels autres moyens mettre en œuvre pour changer les comportements?

lundi 25 mai 2009

Morale et Spéculation

Qu’est-ce que la spéculation ? C’est une activité d’anticipation de l’évolution des prix. L’objectif est évidemment d’acheter un certain produit pour le revendre ultérieurement ou inversement de revendre et de le racheter plus tard. Le but est évidemment d'obtenir une plus-value


1. Fonctionnement

La majorité des transactions se font de cette manière et celles-ci se révèlent indispensables au bon fonctionnement des entreprises. Donc la spéculation est essentielle. S’assurer contre les dettes c’est bien ; mais certains ont utilisés les règles du jeu à mauvais escient. Ainsi la spéculation pour gagner de l'argent purement en est une possibilité. Certes cela créé de la liquidité, je dirais même de façon trop liquide. La liquidité est utile aux entreprises quand elles émettent des nouvelles actions/obligations sur le premier marché. Si le second marché est liquide alors les actions pourront partir à un prix raisonnable, ou du moins à un prix attendu à l'entreprise. Si le marché n'est pas liquide, alors les actions vont se "négocier". Ainsi il faut un juste milieu.

Globalement, on pourrait évoquer le marché des dérivés et les CDS (Credit Default Swap) qui servent à protéger un créditeur contre le risque de défaut de paiement (ou l'augmentation d'un cours en général, chez les dérivés). Par exemple, si mon débiteur ne peut plus payer, l’assureur contrepartie du CDS va me reprendre la créance à sa valeur initiale et tout faire pour la recouvrer.
Bref ce sont des contrats risqués ; les CDS s’utilisent aussi bien pour se protéger contre le risque de défaut d’une entreprise du CAC40 que pour s’assurer contre le défaut de paiement d’un Etat. Ces CDS sont (malheureusement) cessibles et je vous laisse deviner la suite grâce à (à cause de ?) la titrisation….


2. Théorie
Pour ma part, la spéculation peut être bonne, si elle vise le long terme et un développement durable (bref respecter le principe de prévoyance)…Mes propos peuvent faire sourire quand les actionnaires demandent en général un taux de rentabilité de 15% tout de suite (pas toujours obtenu ou alors compensé par un crédit de l'entreprise pour payer les actionnaires), alors que la croissance mondiale n’est que de 4%...A partir de là, deux possibilités :
  • Soit nous sommes dans une nouvelle économie (où l’économie réelle est différente de l’économie de marché) ; ce que je ne crois pas. Il faudrait, si cette hypothèse se révèle vraie, prendre de plus en plus de risques, les relativiser, développer des mécanismes plus opaques, etc…
  • Soit il va falloir changer. Effectivement s’ils ne font qu’un, on ne pourra pas continuer à réinvestir de moins en moins les profits de l'économie de marché dans l'économie réelle (en passant par des paradis fiscaux au passage) et à les renvoyer dans l'économie de marché.
Évidemment, d'un point de vue globale, certains vont obtenir un retour plus élevé que la croissance globale, et d'autres vont perdre leur mise. En théorie, c'est un jeu à valeur nul ou, du moins, qui ne dépassera pas la croissance globale.
Maintenant, si on regarde l’indice des prix des marchandises depuis un ou deux siècles, on se rend compte que les spéculations excessives existent depuis longtemps et qu’à chaque fois, elles se terminent par une crise. Lorsque je dis excessive cela implique, dès lors trop, que trop de liquidités se trouve en circulation. Or les traders (ou leurs ancêtres) doivent quand même rentabiliser cet argent à un taux suffisamment élevé. Or l’abondance de l’épargne mondiale tue l’épargne en tirant forcément les taux à long terme vers le bas. Comment rentabiliser des capitaux à des taux élevés dans ce cas ? La réponse donnée est d’investir dans tout ce qui ressemble à une bulle liée à des instruments financiers complexes et mal régulés.
Ainsi on peut retrouver cette prise de risque dans la spéculation sur les matières premières, particulièrement ravageuse, comme en 2007-2008. Est ce pour sécuriser les matières premières ? Pas vraiment. Normalement le marché reflète le prix vis-à-vis de la rareté, sauf que pendant la crise, le système a déraillé : il se rabat sur une valeur dite "sure". Mais comme tout le monde essaye de le faire en premier pour gagner de l'argent (ou de moins en perdre), on en arrive à une augmentation incontrôlable des prix et à un décalage de la réalité. J’aurais pu citer la même frénésie dans la spéculation des devises et des taux de change.

Ainsi, on obtient la formule suivante :
Développement d’innovations financières
+ Un comportement volontaire de prendre des risques
= des cours, des prix, dénués de sens car ne reflétant plus la rareté.

A cela s’ajoute l’homogénéisation des anticipations. Quand toutes les banques ont un point de vue différent sur le futur, tout fonctionne bien : les marchés financiers parviennent à gérer les risques.
Par contre, si tout le monde conçoit le futur de la même façon, cela provoque l’effet Janis et la pensée moutonnière : tout le monde anticipe de la même façon et le marché d’échanges des risques est paralysé.
Cela paraît idiot mais imaginer que tout le monde croit à la même chose…et bien, le futur devient réellement prévisible.
En tant qu’exemple (d’actualité) durant la crise, on s’aperçoit que la plupart des acteurs sont quasi-sûr que la crise n’est pas passée. Les Etats, désireux de renverser cette tendance dépressive, doivent fournir des garanties immenses et ne pas simplement annoncer la fin de crise. Et l’enjeu est grand : empêcher les prévisions les plus pessimistes de vraiment se réaliser.


3. Causes des dysfonctionnements
Pourquoi en est-on arrivé là ? Une partie de la faute incombe aux partisans du commerce mondial et de son développement (OMC, FMI, OCDE…) qui ont forcé la libéralisation des secteurs : suppression des barrières douanières, fin des systèmes de stabilisation des prix,…En effet, ils ont la fâcheuse tendance à ne pas assez prendre en compte la situation des PVD et à leur imposer des systèmes et des règles propres à notre culture occidentale. Ainsi ils ne prêtent que si le pays se plie à certaines règles, ce qui est légitime, mais des règles qui ne s'appliquent pas forcément chez nous (comme la libéralisation de l'agriculture et la suppression des subventions au nom du libre échange et de la mondialisation alors que les pays riches sont ceux qui en distribuent le plus).
Au final, la spéculation sur ces secteurs s’est révélée possible pour ces raisons (entre autres). Concernant la spéculation sur les denrées alimentaires, on peut ajouter d’autres facteurs comme l’abandon de l’autosuffisance en céréales, la suppression des stocks et plus encore… Mon idée n’est pas de blâmer ces organisations car elles ont permis des évolutions extraordinaires même si on ne parle que de leurs échecs. Je veux juste souligner quelle est leur part de responsabilité dans la dérèglementation de la spéculation.

Une autre partie de la faute revient à notre mode de société, tourné vers la consommation et l’argent. Mais là je dirais que c’est la nature humaine, ou du moins, la direction prise par notre société.


4. Les conséquences
Quels sont les enjeux pour les entreprises de la spéculation ? Je me suis longtemps demandé quel pouvait être le rapport entre la chute d’un cours et l’entreprise même. En effet, si la notoriété de la boite se dégrade, cela se répercutera sur les ventes. Mais si la valeur des actions diminue, comme se fut le cas de Nokia, les gens continue d’acheter, et Nokia continuent d’afficher de beaux profits.
Aujourd’hui je possède une partie de la réponse. La valeur de la bourse reflète la confiance dans la marque, pas ses profits directement. Or de nos jours, tout tourne autour la bourse, qui est quasiment placée au centre du monde (les médias, les journaux,...). Ainsi qui dit diminution brutale (pic) du patrimoine des actionnaires entraine crise de confiance, dépréciation de la dette de ses fournisseurs (toujours à cause du manque de confiance entraînant des provisions), puis destruction de l’image de la marque/entreprise (dont la construction a été très longue) puis destruction de la culture de l’entreprise et de son savoir-faire (problème de ré-employabilité, problème d’image vis-à-vis des autres concurrents…). Et c’est un vrai cercle vicieux car les relations commerciales et sociales alimentent ensuite le cours de l’action et à fortiori entraîne la dépréciation du capital physique.

Pour en revenir à l’actualité et à l’application de mes propos : la crise du moment s'est donc transformé une crise de confiance ; le mal dans l'économie réelle c’est bien la confiance...

Quand l'eau aura coulé, ca repartira.
Actuellement, le réseau interbancaire ne va pas bien donc, moins de liquidité disponible (ce qui n'est pas forcément un mal), mais moins d'investissement et une augmentation des problèmes de cash flow, etc... Certaines entreprises sont dans l’obligation de déposer le bilan car malgré leur profit, ils ont un trou dans la trésorerie. Pourquoi ? Leur activité n'a pas pu être financée...


5. Remise en cause de la spéculation et solutions
La place de la bourse au centre des préoccupations est-elle acceptable ? Les retombées de la bourse sont importante dans notre économie, oui, mais de façon relative, surtout dans une France et des pays dominés de plus en plus par le secteur des services.
Le voilà notre problème : une perte de confiance dans le système financier, dans un monde tourné vers la bourse où le gain d'argent pas vraiment justifiable...

Sommes-nous sur la bonne voie ?

En tout cas, revenir en arrière impliquerait la remise en cause de la finance !
Un peu de bon sens peut permettre de comprendre ma vision :
Partons de 0, avec rien dans la poche. Les banques centrales fabrique l'argent et la distribue aux autres banques, institutions et autres ; évidement, en échange d’un intérêt, même faible. On donne 100€ et on demande 101€. D’où sortir ce 1€ sans la possibilité de créer nous-mêmes de l'argent ? Pour rembourser l'emprunt (les 1€) on est obligé de l’emprunter c’est parti pour le cercle vicieux.
Donc pour être au plus juste, il faudrait non pas 0% d'intérêt, mais 0% d'intérêt réel (en prenant en compte l’inflation). Par contre pour mettre en place un tel système, c’est l’inconnu. Je vous laisse estimer la difficulté de la tâche et je ne suis pas sûr que notre société soit prête, dans le cas où ce serait possible.

Sinon, une autre solution consiste, à l’instar des banques islamiques, de prêter sans intérêt, mais avec une participation dans le projet. En plus de pouvoir rapporter plus qu’avec des intérêts conventionnels, la pression est moindre, témoin d’une certaine éthique.
Dans ce cas, les banques doivent encore mieux choisir les projets. Bien sûr, il réside le problème que sans intérêt à y participer, cela signifie nécessairement la non-allocation du prêt…

Une autre piste pourrait être de financer davantage le développement du sud (sur le long terme avec la certitude de leurs développements) ou de l’agriculture (victime du sous-investissement faute de profits élevés). Là encore, cela impliquerait un profond changement chez les pays investisseurs.

Il y a peu, un article est paru dans le Monde proposant 5 mesures pour réguler le monde de la finance et éviter cette mauvaise
spéculation :
- Encadrer les agences de notation,
- Organiser et surveiller les marchés non régulés,
- Contrôler les fonds spéculatifs,
- Réformer la titrisation des crédits,
- Renforcer la transparence des paradis fiscaux).


Si aujourd’hui on évoque le ras-le-bol de la vision à court terme, il faut savoir que le management anglo-saxon (recherche exclusif du profit, primauté du court terme, standardisation et déqualification) reste le modèle de management depuis 20 ans et qu’il n’est pas prêt de laisser la main (cf. le nombre d’étudiants étrangers dans les écoles de commerce anglo-saxonnes).

La spéculation pourrait se développer dans la bonne direction mais cela demanderait plus de surveillance, de règles, de transparence et de régulation. Finalement…Est-ce possible ? Difficile à dire. Il faut étudier cette crise et réfléchir encore et encore à l’après-crise.

Bref après 30 ans, le rêve d’une économie autorégulée, idéalisée par des théories diverses et variées, commence à exploser.
J’espère juste qu’on arrivera à remettre la spéculation dans le droit chemin, telle qu’elle devait être initialement.

A la fin de cette analyse, je m’aperçois que ces problématiques sont vraiment liées au besoin de développement durable (long termisme) et au respect des générations futures…Trop utopique pour que ca soit vrai ; il y aura toujours des gens qui voudront une rentabilité supérieures aux autres…


Donc est-ce que la spéculation est mal ? A vous de juger.