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vendredi 18 mai 2012

11 jours plus tard (l'élection de F. Hollande)

Certains financiers et économistes de banque annonçaient déjà un scénario de science fiction pour le 07 mai 2012: la France à genoux, l'attaque des fonds d'investissement et de la finance en générale (référence à la déclaration de guerre du discours du Bourget), l'envol des taux français (plus de 4,5% annoncé sur le taux à 10 ans de la France), l'Euro en difficulté,...Il ne manquait plus que les chars russes sur Paris et les soucoupes volantes pour parfaire le tableau!



Au rapport!

 J'ai repris ci-dessous quelques indicateurs de la situation française et européenne suite à l'élection présidentielle.

(Trait bleu = élection de F. Hollande/ Trait orange = Aggravation importante de la situation grecque et espagnole) - MAJ le 25/05/2012



(Trait bleu = élection de F. Hollande) - MAJ le 25/05/2012

(Trait bleu = élection de F. Hollande) - MAJ le 25/05/2012

(Trait bleu = élection de F. Hollande/ Trait Orange = Aggravation importante de la situation grecque et espagnole/ Trait vert = défaite du parti de la chancelière allemande en Westphalie/ Trait violet = Fitch abaisse la note grecque à CCC /Trait rouge: dégradation de 16 banques espagnoles par Moody's)

 

 

Que peut-on tirer de ces infographies et de l'actualité?

A court terme, l'élection n'a pas provoqué de catastrophe comme certains ont pu le prédire. Je dirais que l'élection n'a pas eu un grand impact sur les grands indicateurs : les tendances négatives (court-terme) précédant l'élection continuent.
Le CAC 40 a même grimpé le 7 mai, c'est à dire le lendemain de l'élection ; les gourous de la finance n'ont pas hésité à déclarer que cela était dû à la fermeture de la City cette même date.
Les écarts avec les taux allemands sont encore loin de ceux de fin 2011 et ont même tendance à se réduire !
L'exception se trouverait peut-être dans le taux des CDS (Credit-Default Swaps : c'est en quelque sorte une assurance contre un défaut de paiement de l'Etat ici) dont l'augmentation des taux a tendance à s’accélérer. MAJ 24/05/2012 : On note toutefois un assouplissement quelque temps après malgré les difficultés européennes qui arrivent au galop : l'élection grecque du 17 juin et le sommet de l'euro fin juin.


Toutefois, compte tenu des évènements en cours au sein de l'Europe, il est difficile d'incriminer l'élection de F. Hollande.
Entre la difficulté à former un gouvernement en Grèce, la défaite du parti d'Angela Merkel en Westphalie, la dégradation de la note grecque à CCC (par Fitch), les retraits en liquide de plus en plus importants en Grèce, la dégradation de 16 banques espagnoles (par Moody's) puis 5 banques espagnoles (par Fitch), déficit espagnol de 2011 plus élevé que prévu (8,9% contre 8,51%)...on peut dire que l'actualité n'est pas rose en Europe. Qui plus est, l'Allemagne a tendance à exciter les marchés en souhaitant que la Grèce reste dans l'UE tout en admettant un départ possible...

Le seul point positif de l'histoire est la baisse de l'Euro vis-à-vis des autres devises.
Cela renchérit la facture énergétique (de 8 milliards d'euro par tranche de 10% de dévaluation selon P. Artus de Natixis) mais apporte en même temps une bouffée d'oxygène pour les exportations dans le moyen de gamme en particulier et le PIB (entre 0,5 et 1% de PIB par tranche de 10% de dévaluation).
La dévaluation n'est pas la bienvenue en Allemagne qui est positionné sur le haut de gamme et qui importe énormément de l'hinterland (Europe de l'Est). La baisse de l'Euro n'a alors aucune incidence sur un tel marché et au contraire, fait augmenter le prix des produits intermédiaires.

Au delà?

Le ministre allemand des finances annonce un assouplissement des marchés dans 1 ou 2 ans, François Baroin parlait plutôt de 4 à 5 ans...
Compte tenu de la cascade d'évènements de plus en plus critique, l'Europe va rapidement se trouver au pied du mur et devra faire un grand pas: en avant ou en arrière...

dimanche 6 mai 2012

Les chantiers du prochain président

Si quelques secteurs comme l'aéronautique, le fret, les énergies fossiles ou le luxe ne sont pas en berne, de nombreux autres sont en difficulté : l'industrie en général (textile, automobile, imprimerie,...), l'immobilier,...
Quand on sait que les projections du gouvernement sur-estiment la croissance française, ce ne sera pas un cadeau pour le prochain quinquennat.


Du coup, le prochain président aura certains "chantiers" à redresser. En voici quelques uns ci-dessous :

Chantier 1 : l'industrie

La part de l'industrie dans le PIB chute depuis plusieurs années : il représente aujourd'hui 10% de la valeur ajoutée contre 20% en 2006. La France est au même niveau que la Grèce ou que le Royaume-Uni (qui compense en partie avec le hub financier de la City).

 Selon le patronat, cette chute serait principalement du au coût du travail : il faudrait ainsi diminuer les charges patronales, assouplir ou supprimer le SMIC,...Je pense que ce raisonnement ne s'attache pas suffisamment à l'origine du problème : en réalité on devrait plutôt regarder d'abord la disparition et les spécialisations de l'industrie française.  
En effet, hormis quelques niches, l'industrie française est positionnée sur le moyen de gamme ; or les puissances émergentes deviennent de plus en plus efficaces dans cette tranche.
Et puis si l'industrie était prospère en France, j'imagine bien qu'il n'y aurait pas tant de revendications pour attaquer le coût du travail. 
 Le manque de compétitivité hors-coût est également mis en avant (qualité, délai, innovation, recherche,...). Le lien est d'ailleurs très souvent fait entre cette faiblesse et nos PME trop petites.

Que faire?
Plusieurs propositions ont été mises en avant par les différents candidats :

  • Créer le label " fabriqué en France " : cela s'assimilerait plutôt à du marketing politique. Sans compter la confusion que cela entraînerait chez les français avec les autres labels, on peut penser que les consommateurs privilégieront le porte-monnaie lors des périodes difficiles. Enfin, la plupart des produits de consommation courante ne sont plus fabriquée en France, ce qui met en doute la pertinence d'un tel projet.
  • Assouplir les règles européennes de la concurrence pour que les États puissent aider leurs entreprises nationales en cas de besoin.
  • Créer un "Buy European Act" sur le modèle américain afin de favoriser les échanges européens vis-à-vis des échanges extra-européens. Sans aller jusqu'à la démondialisation, il peut paraître cohérent de soutenir l'économie européenne quand elle est en difficulté. Malheureusement, il faut savoir que le plus gros de notre déficit commercial provient de nos voisins européens (dont l'Allemagne). En l'état, cela ne changerait donc quasiment rien à la situation et pourrait même créer des complications dans notre politique étrangère. Cette mesure ne serait pertinente que s'il y avait un vrai projet de gouvernance économique à l'échelle européenne.
  • Favoriser les PME soit par la fiscalité des entreprises, soit par des aides (en particulier en renforçant les dispositifs existants tels que le Fonds Stratégique d'Investissement, le prêt Oseo ou en créant d'autres).
  • Simplifier le Crédit Impôt Recherche (CIR) qui profite aujourd'hui principalement aux grandes entreprises.
  • Permettre à l’État de planifier certains projets d'avenir (chantier 6) où le privé serait frileux.

 

Chantier 2 : l'immobilier 

Le rabotement du dispositif Scellier a porté un sacré coup l'immobilier neuf. 
Toutefois les revenus à défiscaliser ne sont pas en crise : tous les promoteurs et ceux qui commercialisaient ce genre de biens immobiliers arrivent à trouver des preneurs avant les baisses des "cadeaux fiscaux". Même dans certains coins sans avenir...
Une fois l'aubaine passé, l'argent va ailleurs. Pour l'instant, il y a un ralentissement du nombre de projets immobiliers mais cela risque de s'accélérer de plus en plus compte tenu des prochains rabotages à venir.
Dans le même temps, on restreint les aides type Prêt à Taux Zéro et autres dérivés aux personnes voulant accéder à la propriété...
Cela rappelle étrangement la prime à la casse, c'est à dire une anticipation des achats suite à l'effet d'aubaine que ces exonérations fiscales entraînent.

 
Sur le marché de la location, les personnes doivent utiliser une part significative de leur revenu pour avoir un toit : il y consacrent en moyenne plus d'un tiers. C'est facile, tout le monde autour de moi est endetté ou locataire à plus de 30% du revenu du ménage. Dans les années 70, c'était moitié moins.
Pire : plus le ménage est modeste et plus cette proportion est importante.
En rajoutant les charges incompressibles (téléphone, électricité, internet,...) représentant un bon tiers elles-aussi, le seuil de solvabilité se rapprochent dangereusement.

 
Que faire?
Certains candidats proposent de mieux encadrer les loyers. Reste à en voir les modalités.

D'autres solutions existent en complément de celle là:
  • Inciter ou obliger les collectivités à respecter la loi Solidarité et renouvellements urbain (SRU) : 800 de nos communes doivent disposer de 20% de logements sociaux. La moitié d'entre elles n'en ont jamais construit.
  • Pénaliser davantage les logements et terrains vacants,
  • Pénaliser les locataires de logements sociaux (HLM en particulier) ne respectant plus les critères de base. De même, dans les différents types d'aides au logement, 82% des ménages seraient éligibles au PLS ; est-ce juste et sensé?
  • Améliorer les dispositifs d'aide aux locataires. Sans les aides au logement, de nombreuses personnes ne pourraient avoir un toit. Toutefois, il n'est pas normal que ces aides se transforment en subventions permettant d'établir des loyers plus élevés que la logique le permettrait. Dans le cadre du dépôt de garantie à l'emménagement et du garant. Par exemple, l'accès au FSL (Fonds de solidarité pour le Logement) devient extrêmement difficile, ce qui met en danger les plus fragiles financièrement.
  • La politique du "tous propriétaires" n'est pas cohérente avec la conjoncture. L'accès à la propriété lie pied et mains les salariés alors qu'il y a un besoin de mobilité pour effacer les différences régionales de chômage. Évidemment, une France où tout le monde serait propriétaire paraît enchanteur mais c'est en réalité du populisme plus qu'autre chose. 


Chantier 3 : la gestion de la dette publique

La dette publique a augmenté chez quasiment tous les pays développés depuis les années 1980 : États-Unis, Allemagne, Japon,...La connivence politique-économie et le clientélisme n'y sont pas étrangers. Ce n'est pas tant les aides qui ont augmenté mais surtout les les cadeaux fiscaux.
Pourtant tous ne sont pas dans la panade aujourd'hui. L'une des raisons principales est que les autres pays empruntent auprès de leurs banques centrales nationales (FED, Bank of England,...) pendant que nous le pouvons pas (art. 101 et 105 du traité de Maastricht) : notre dette souveraine peut ainsi être considérée comme risquée vis-à-vis des autres pays du monde.
La preuve en est : l'Espagne ou l'Irlande sont loin d'avoir utiliser du déficit à tout va et sont pourtant dans une sacré galère. 

Il faut regarder cela comme un ensemble, comme un système. L'UE s'est mise elle même en danger en continuant la politique du chacun pour soi tout en abandonnant sa monnaie à une banque centrale indépendante et en se livrant aux marchés. 
 
La France étant dépendante à 2/3 des acteurs étrangers, une des solutions seraient de se tourner vers les français.
  •  Utiliser le livret A : la Caisse des Consignations et Dépôts ne puise que 65% des livrets A (pour le financement des logements sociaux principalement) ; les 35% restants sont captés par les banques mêmes pour prêter aux PME/TPE.
     
  • Lever des emprunts auprès des français : n'oublions que les 3/4 de l'épargne total est détenu par les 20% les plus aisés : forcément, les plus modestes auront tendance à tout dépenser pour vivre. Il faudrait donc bien réfléchir sur les modalités d'un tel emprunt car, pour l’État, cela pourrait revenir à transférer l'emprise des marchés aux ménages les plus aisés: je vous laisse imaginer la pression pour leur dérouler le tapis rouge avec des cadeaux fiscaux à clé.
La dette publique française est détenue par environ 65% d'investisseurs étrangers (environ car il y a débat sur la question à cause des intermédiaires et des sociétés écran). Le principe de re-nationaliser" notre dette serait une bonne chose mais ne doit pas se faire n'importe comment: certains évoquent l'emprunt forcé gratuit, d'autres les instruments financiers,...A voir.
Autrement, on pourrait utiliser une solution alternative qui serait de pénaliser l'épargne trop importante par exemple en baissant les taux de rémunération des livrets ou encore en les taxant davantage: cela augmenterait la consommation des français, ce qui créerait de la croissance et entraînerait des rentrées fiscales.
Un des risques de cette stratégie est qu'une partie de cette croissance profitera à nos partenaires commerciaux : Allemagne, Italie, Espagne,...



Chantier 4 : les Banques

Même si les banques ont remboursé la majorité de leurs prêts rubis sur ongle, elles empruntent malgré tout à 1% auprès de notre Banque Centrale Européenne pour déterminer ensuite, elles-mêmes, le taux à prêter en retour aux États et aux acteurs de l'économie -voire ne pas prêter.
Et encore ici, j'occulte le renflouement de Dexia, la création du SFEF (Société de Financement de l’Économie Française) qui alimente les banques, le détournement du livret A,...
Qu'on se le dise: tout cela est et était indispensable car la santé des banques influe directement sur l'économie, sur notre capacité d'emprunt et sur les notes des agences de notation. 

 Ce qui n'empêche pour certains de considérer la monnaie comme un bien publique. De ce fait, le pouvoir des banques seraient trop forts sur ce bien commun (création monétaire).

 Certains évoquent ainsi la séparation des banques d'affaires et des banques de dépôts (pour limiter la garantie des États et les risques systémiques), d'autres la présence de l’État dans les hautes sphères des banques, la création de fonds d'État (pour contourner l'interdiction de créer de la monnaie nationalement par la Banque de France)...
 


 Chantier 5 : Pas moins d’État mais un meilleur État

Sur le financement des dépenses de fonctionnement de l’État, il faudra tôt ou tard résoudre le problème du déficit des dépenses de fonctionnement : moins de dépenses et/ou plus d'impôts. 
Une des clés serait la rationalisation de l’État. 
État est important mais il est vrai que certains des organismes d’État (ou associé) sont de véritables freins pour l'économie. Ce n'est pas tant le montant des charges mais la bureaucratie que cela représente pour les entreprises : je pourrais citer l'URSSAF, les organismes de prévoyance, les organismes de financements, Pôle Emploi,...une horreur pour le privé tellement il y a redondance et absence de volonté de résoudre efficacement les problèmes.
Un véritable frein à la création d'entreprise sans compter les effets de seuil (passage de 9 à 10 salariés, de 49 à 50,...) qui représentent une telle paperasse qu'il est compréhensible de voir certaines TPE/PME freiner leur développement.
  

Chantier 6 : Croissance ou austérité?

Le plan de relance français couplé à de l'austérité n'a pas été particulièrement efficace, d'autant plus qu'il se conjuguait à des baisses d'impôts pas vraiment appropriées à ce moment là.
Sur le plan de relance même : d'un coté, je ne suis pas sûr que les bons secteurs aient été aidés, de l'autre, le plan de relance de N. Sarkozy est finalement peu conséquent : le gros de l'aide provient des mécanismes stabilisateurs (automatiques) existants depuis des décennies:
baisse de l'activité des entreprises + chômage + appauvrissement
= baisse des impôts (IS, IRPP,...) + augmentation des aides de l’État (allocation chômage, RSA, Subventions,...).
La "Ri-lance", non coordonnée avec les autres États-Membres de surcroît, n'a pas fait long feu.  

 La France est ainsi entre le marteau (assainir les dépenses publiques) et l'enclume (éviter une chute trop importante de la croissance voire une récession). Il ne sera pas facile de trouver le juste milieu.

Préparer l'avenir : les grands travaux, l'éducation et la formation

Si la plupart des grands travaux ne peuvent être initiés que par les États, c'est qu'ils sont extrêmement couteux et peu rentables au démarrage. Les acteurs du privé préfèreront toujours les solutions moins complexes et plus rapides.
Pourtant à long terme et moyen terme, ces grands travaux et grandes dépenses apportent un plus au dynamisme d'une économie. Regardez le grand emprunt et sa ventilation part exemple.
Toutefois, il est dommage que les États abandonnent les perles qui en découlent au privé dès qu'elles deviennent des Cash machine...Cela favorise plutôt le développement de l'économie de rentier. Évidemment certains indiqueront que ce sera moins de dettes à supporter par les générations futures. Mais il n'est pas dit que la situation sera meilleure qu'avec un bon investissement sur l'avenir. 


L'éducation et la formation devrait faire partie des priorités : elle doit être accessible à tous et il faut absolument éviter une rupture de l'ascenseur social.
La crise affectant les dettes publiques et menaçant nos (bonnes) capacités d'emprunt, qui sait comment cela affectera l'avenir de la France?



Chantier 7 : Rétablir l'égalité et simplifier la fiscalité

 Plus que jamais, il y a un désir d'égalité. 
La fiscalité devrait être un outil au service de l'égalité sans devenir excessive ou trop complexe. Il faut ainsi la simplifier ce qui permettrait par ailleurs d'établir des projections plus facilement.
A ce sujet, je recommande chaudement le livre "Pour une Réforme Fiscale" de Thomas Piketty, Camille Landais et Emmanuel Saez.

samedi 28 janvier 2012

Acte 3 - Scénarios de sortie de crise en Europe et en France

La situation européenne risque de se prolonger encore plusieurs mois.
C'est ce que M. Aglietta appelle la gouvernance à petits pas (dans son livre Zone Euro : Éclatement ou Fédération) : un discours rassurant par là, une petite loi là par ici,...pour tenir le sprint.

Les critiques vont bon train sur les cigales. Pourtant les cigales, qu'elles soient des ménages ou des États selon les points de vue, n'existe que la présence des fourmis. Les deux comportements réunis sont une des principales causes de la crise de l'Euro.
Plutôt que de parler de pacte de stabilité, de pacte de compétitivité, de règle d'or (loi constitutionnelle n'autorisant pas de déficit) ou de mise sous tutelle d’État, une législation sur les excédents et déficits extérieurs aurait été bien plus pertinente.

En mettant de coté cette possibilité qui a peu de chance de voir le jour et une éventuelle dévaluation globale de l'Euro, trois principaux scénarios de sortie de crise à terme sont possibles, comme je l'ai indiqué dans le précédent article. 
Je pense qu'y revenir permettra de mieux préciser les conséquences de chacun d'entre eux.



I. Le statu quo
Cela va certainement être le cas plusieurs mois via la gouvernance à petits pas.

A long terme, cela pourrait déboucher sur une stagnation à la japonaise bien que la situation étant très différente chez nous, les conséquences seraient bien pires. Un des points cruciaux est la dépendance des marchés et des acteurs étrangers dans l'Union Européenne contrairement au Japon où la très grande majorité de la dette est détenue par les nationaux.

La zone Euro fonctionne quand il n'y a pas de remous mais tanguent dangereusement dès qu'il y a des vagues. C'est la leçon qui aurait du être tiré du Système Monétaire Européen (SME), ancêtre de l'Euro, qui a volé en éclat au début des années 90.
En imaginant que les gouvernements arrivent à tenir l'Euro pendant quelques années, on pourrait revenir à un statu quo avec peu de croissance et moins de volatilité. Avant la prochaine crise... 

  

II. Le Fédéralisme
Il y a quelque temps, cette solution me paraissait prometteuse.
Toutefois, en réfléchissant au budget européen qu'il faudrait dégager pour que cela fonctionne, il devient de plus en plus difficile d'y croire. Il faudrait au bas mot passer d'environ 1% de PIB (budget européen actuel) à plus de 40% (comme les États-Unis ou l'Allemagne). Ce qui paraît très peu probable.

Les Etats devraient alors s'engager à abandonner du pouvoir national en faveur des institutions européennes. Difficile d'y croire devant l'absence de volonté des gouvernements d'aller dans ce sens et la montée des extrémismes politiques. 

Les alternatives au fédéralisme serait soit les Eurobonds (mécanisme de financement des Etats en difficulté par une garantie de tous les Etats membre afin de faire baisser les taux d'intérêt), soit le financement en direct par la Banque Centrale Européenne (BCE). 

1. Les Eurobonds
 Sur la première mesure, on peut se demander quelle serait la notation donnée aux Eurobonds compte tenu des garants...Difficile à estimer mais vraisemblablement pas la meilleure note (moins de A, certains économistes annoncent du CCC). Ces Eurobonds feraient monter le taux d'intérêt des pays "vertueux" ce qui risque de ne pas passer. Et puis, la question de l'aléa morale serait de mise : pourquoi chercher des solutions quand on sait qu'on sera couvert par les autres?

2. Le rachat direct de la dette publique par la BCE
La monétisation de la dette publique est un sujet hautement tabou car la Banque Centrale Européenne se veut indépendante et uniquement garante de la stabilité des prix. Constitutionnellement, l'Allemagne ne pourrait accepter un tel engagement de la BCE.
Cela dit, si la BCE intervenait directement dans l'achat de la dette publique, cela permettrait au moins de donner du temps pour trouver des solutions aux problèmes structurels de la zone. Et puis, l'Euro serait dévalué malgré lui, ce qui soulagerait la plupart des États-membres mais qui ne plairait pas vraiment à l'Allemagne.



III. Un éclatement partiel ou complet
De nombreux sous-scénarios sont ici possibles : retour aux monnaies nationales, passage d'une monnaie unique à une monnaie commune+monnaie nationale, création de plusieurs zone Euro à vitesses différentes, création monétaire nationale (via le trésor public ou via un fonds d'un ou plusieurs gouvernements par exemple)...On peut imaginer qu'une telle explosion sera assujettie à des défauts partiels ou des restructurations.
A court terme, ce serait un ralentissement mais dans 5 ou 6 ans, une possibilité de sortir du marasme actuel comme cela a été le cas pour l'Argentine.
Dans tous les cas, cela signifie la disparition progressive des pays européens au plan international. 

1. Éclatement par le bas
Il est souvent évoquée la solution d'une sortie forcée ou volontaire des "mauvais élèves" de la zone Euro. On peut restructurer une dette à 50 ou 70%...mais si l'on ne corrige pas l'origine du problème, les faits vont se répéter indéfiniment. 

Ainsi, il faut résoudre les divergences de balances commerciales, et plus largement de balances de paiement, pour les cigales (mais aussi pour les fourmis).
Dans le cas de la Grèce par exemple, une restructuration un défaut partiel mais massif de la dette ne résoudrait pas son problème structurel : compte tenu de son économie (tourisme, exportations majoritairement en dehors de la zone Euro,...), cela ne ferait que retarder le pire. L'équilibre budgétaire ne serait pas au rendez-vous.
Comme les États-membres ont perdu l'outil monétaire (pour dévaluer en l’occurrence), la seule option restante pour retrouver une compétitivité à l'international est l'austérité et la déflation. Or, cela crée un profond mal-être social aggravé par des temps d'adaptation : les salaires et les prestations sociales baissent dans un premier temps, puis les prix baissent bien après. La consommation intérieure est touchée en premier, ce qui en affecte la croissance et dégrade le ratio dette publique/PIB.

Il existe cependant une autre option, de plus en plus évoquée, qui est la sortie du pays de la zone Euro combinée à un défaut partiel. A la clé, une dévaluation de la monnaie nationale qui crée une compétitivité quasi-instantanée (contrairement à la déflation). 
Rien n'est prévu dans les traités mais on peut se demander quelles en seraient les conséquences? 
Pour l’État sortant, ce serait de grandes difficultés à court terme mais un retour à la croissance quelques années plus tard. Ce n'est pas la panacée mais la dévaluation est moins douloureuse socialement que l'austérité : tout baisse en même temps.
Pour la zone Euro en elle-même, une telle exclusion créerait un véritable flou sur son avenir: difficile de dire ce qui se passerait sur les marchés et dans l'esprit des autres pays en difficulté.


2. Éclatement par le haut
 Certains esprits évoquent la sortie de l'Union Européenne de l'Allemagne. Cependant, l'Allemagne n'a aucun intérêt à en sortir.

D'une part, elle n'y trouve que des avantages : la stabilité monétaire de ses clients (européens), la libre circulation des biens, son poids sur l'appareil législatif européen (avec ses conséquences sur les lois nationales), un budget européen ridicule...Autant d'arguments protégeant ses accès aux marchés pour les industries allemandes. Bref, plus de dévaluation compétitive possible, moins de soutiens des États à leurs entreprises nationales et plus de règles.

D'autre part, la présence de l'Allemagne dans l'UE a fait baisser instantanément les taux d'intérêts d'emprunt de tous les pays de l'UE. Ces facilités d'emprunt n'ont pas favorisé la recherche de compétitivité mais ont favorisé le crédit pour acheter allemand. Toutefois, si l'Allemagne sortait seule aujourd'hui, il est évident que les taux d'intérêts de tous les pays de la nouvelle Union grimperaient en flèche et que cela créerait des difficultés considérables. Une sortie de l'Allemagne demain ne serait pas très bénéfique non plus pour ses partenaires à l'instant T. 



IV. Et pour la France?

1. Prendre exemple sur l'Allemagne
En tendant l'oreille, il semblerait que la solution miracle serait la transposition du modèle allemand en France.

Dans le marasme actuel et après une hausse de la TVA réduite de 5,5% à 7%, la presse annonce aujourd'hui le taux normal de TVA serait dans le collimateur : il passerait de 19,6% à 21,2% ! Encore une hausse des prélèvements de type proportionnel.
Cela rejoint le discours de certains économistes demandant une hausse des profits des entreprises pour créer les investissements de demain et les emplois d'après-demain. Cela rejoint la volonté d'adopter le modèle allemand : baisser le coût unitaire du travail en compensant par une hausse des impôts et taxes sur les salariés et consommateurs.
Ce qu'on oublie, c'est qu'en Allemagne les entreprises s'étaient engagées en retour à conserver les emplois en Allemagne.

Si la hausse de la TVA en France se confirme en contrepartie d'une baisse des charges sociales, il faut espérer un vrai accord et un engagement des entreprises françaises. Sinon, le résultat ne sera qu'une déformation de la valeur ajoutée au profit des actionnaires et des dirigeants - un peu comme la baisse de la TVA dans la restauration. On en serait donc au même point...et même pire car on aurait détériorer la consommation intérieure (= baisse de la croissance) sans réelle amélioration de la compétitivité à long terme...
Dans tous les cas, il n'est pas dit non plus que le moment soit bien choisi car à court terme la croissance en pâtira, ce qui veut dire soit de nouvelles hausses d'impôts pour compenser le manque à gagner, soit de nouvelles tranches dans les dépenses et emplois publics.
Encore une décision qui risque de ne pas rassurer les agences de notations (à court terme) et voir la note française dégradée à nouveau.

De grandes questions sont à se poser sur la transposition du modèle allemand en France. D'une part, la situation démographique est très différente entre les deux pays. D'autre part, cela ne fonctionne qu'en période de croissance économique. Cela implique également qu'une minorité de pays applique cette politique : si tout le monde taille dans les charges des entreprises en pénalisant la consommation de l'autre côté, qui va consommer après? A ce petit jeu, ce sont les plus petits pays qui gagneraient.

Enfin, on sait également que les pays plus industrialisés attirent plus facilement d'autres industries que ceux qui sont en perte de vitesse.

Au-delà, j'ai même un doute sur l'application du modèle allemand en France du point de vue social : la cogestion n'a rien à voir avec nos discussions syndicat-entreprise et le modèle de protection français nous est cher (dans tous les sens du terme).
Les délocalisations dans l'Hinterland (l'Europe de l'Est) ou dans d'autres pays à salaires plus bas que les nôtres peu apporter une meilleure rentabilité des entreprises. Il y a des avantages et des inconvénients aussi bien pour l'entreprise que pour le pays d'origine de l'entreprise que pour le pays d'accueil.


2. D'autres pistes ?
Il est possible d'actionner plusieurs leviers.

L'un des plus grands dangers du chômage de longue durée se situe au niveau de l'employabilité et des niveaux de qualification.
Dans le même temps, à force de vouloir compresser les effectifs d'enseignants, on risque de créer des générations moins qualifiées pendant que les autres pays n'y vont pas par quatre chemins.
Au final, les classes populaires et moyennes auront davantage de difficultés à s'offrir des enseignements de qualité et des compétences dont on a tellement besoin.
Plus grave, c'est la disparition de l'ascenseur social dans un monde binaire où un minorité se trouverait dans une économie de rentier.


Or comment stimuler l'innovation, l'esprit d'entreprise et la recherche dans de telles conditions?


Il apparaît évident que l’État a un rôle fort à jouer.

En priorité, on devrait regarder en direction du politique, du social (économie solidaire et sociale, secteur associatif,...), de la recherche, de l'innovation, de la formation et de la montée en gamme.

En ce qui concerne les dépenses publiques, l'occasion serait bonne pour une réforme fiscale digne de nom. L'ouvrage de Thomas Piketty, Camille Landais et Emmanuel Saez ("Pour une réforme fiscale") apporte de sérieux éclairages sur ce sujet. Il faudrait simplifier les prélèvements en France (une centaine d'impôts en France contre une cinquantaine en moyenne chez nos voisins) et le rendre plus progressif.
A situation exceptionnelle, moyens exceptionnels. Il ne faut pas passer un coup de rabot général mais évaluer l'utilité des dépenses et sélectionner celles à raboter.

lundi 12 décembre 2011

Acte 2 - La Crise de l'Euro

Un an et demi après mon dernier article sur la crise grecque, je reviens sur le sujet. Les diverses mesures prises (Fond de Stabilité, Rachat de dettes par la BCE sur le « marché de l’occasion »,…) n’ont pas été suffisantes pour rassurer les marchés.
Et aujourd’hui, le manque d’avancée politique a incontestablement entraîné dans sa tourmente tous les autres partenaires européens. Même le couple franco-allemand est menacé par une moins bonne note des agences de notation. Pour les spécialistes, la France a déjà perdu son AAA : la preuve en est son taux d’emprunt qui s’éloigne de plus en plus du taux allemand.

Quel est l'avenir de la zone Euro : Un peu d'Europe? Beaucoup d'Europe? de l'Europe passionnément? Pas d'Europe?















L’Euro et l’accélération des divergences


Avant l’Euro, les stratégies et politiques des européens étaient différentes voire à l’opposé pour certains. De nombreuses spécialistes estimaient que la disparition des risques de change, la libre circulation et la tombée des frontières (commerciales) allaient créer un modèle européen de croissance et de développement. A la clé : une moyennisation des niveaux de vie par le haut.

Avec l’Euro, c’est tout le contraire qui s’est passé : les divergences sont encore plus fortes ! Ce n’est pas évident mais la disparition des risques a accrue la spécialisation de chaque pays de l’Union. Les entreprises n’ont plus de barrière pour s’implanter là où la productivité de leur secteur est maximale.    
     Au nord, l’industrie de pointe. Au sud, les services et l’industrie milieu/bas de gamme.
     Au nord, les excédents : les fourmis et au sud, les déficits courants : les cigales.

Pendant longtemps j’ai cru, comme d’autres, que l’accélération de la désindustrialisation en Europe du sud était surtout un mauvais choix de politiques : « est-ce que tout cela ne viendrait pas des déséquilibres entre pays dans un monde mondialisé? », « Comment est-ce que le système peut fonctionner quand des pays accumulent indéfiniment des excédents incroyables et que d'autres en font tout autant avec les déficits ?».
 Aujourd’hui, je suis plus modéré et la raison est simple : une union monétaire a surtout de fortes chances d’aggraver les divergences nationales/régionales. Au-delà du politique et de la libre circulation du travail, il suffit de regarder le cas des Etats-Unis : malgré le fédéralisme, tous les Etats ont de fortes spécialisations primaires, secondaires et/ou tertiaires.

Cela ne dédouane toutefois pas entièrement les politiques.

 

Une perte de confiance dans l’avenir de la zone Euro

Pour de multiples raisons, les marchés ont perdu confiance en l’Euro.
En grande partie on retrouve le paradoxe dans lequel se trouve l’Union Européenne : l’austérité à marche forcée d’un côté, une croissance faible et fragile de l’autre.
Alors que les perspectives de croissance permettant d’augmenter les recettes et de permettre les remboursements sont déjà très fragiles, les dirigeants européens doivent serrer la vis en même temps pour limiter les déficits. Le risque qui en découle est une récession demandant plus d’austérité, donc moins de croissance,…et ainsi de suite.

On peut se pencher sur les détails de ce paradoxe à travers la situation politique globale, la comptabilité nationale mais également trois variables parmi tant d’autres : l’autoréalisation sur les marchés, le % de la dette détenue par les non-résidents et la possibilité de se financer par la création monétaire.

Le mimétisme sur les marchés avait déjà été abordé dans un article précédent. Il suffit de croire qu’un évènement improbable puisse se produire pour qu’ils se produisent.
Les agences de notation, outre le problème d'impartialité et de nécessité (on peut se demander si elles sont légitimes et utiles pour noter des Etats souverains), c'est surtout les notes auto-réalisatrices qui sont terribles. Je m'explique. Si pour n'importe quelle raison, une agence de notation (surtout Moody's en ce moment) "attaque" un pays et bien ces prévisions vont se réaliser automatiquement : certains fonds ne pourront plus acheter de la dette, la demande va donc baisser automatiquement, les intérêts vont augmenter,...Enfin bref, c'est un cercle vicieux.
Quand on sait qu'ils n'ont rien pu voir sur Lehman Brothers une semaine avant sa faillite, comment peuvent-elles avoir un tel pouvoir et une telle légitimité ? C'est absurde.

L'autre point est le % de dette publique détenu par les non-résidents. Prenons le Japon et ses 200% de dettes publiques (ramené au PIB). Il ne se porte pas mal sur les marchés financiers car 95% de cette dette est détenue par les japonais. Le Royaume-Uni et l'Allemagne ne sont pas trop mal lotis non plus ; a contrario de l'Irlande, l'Espagne, la Grèce, la France,... 

Si les "marchés financiers" attaquent l'UE aujourd'hui et moins le Royaume-Uni ou les US, c'est bien parce que les États-membres ne peuvent pas se re-financer par la création monétaire auprès de la Banque Centrale Européenne (substitut des banques des banques nationales). C’est l’une des failles de la zone Euro, doublée d’un manque de solidarité et/ou de fédéralisme.


Le rôle de la BCE et la politique monétaire

La Banque Centrale Européenne (BCE), dont la mission quasi-exclusive est la stabilité des prix, se trouve actuellement dans un flou institutionnel. Pour lutter contre l’inflation, elle avait relevé ces taux avant de les rebaisser face aux besoins de l’économie (1% aujourd’hui).
Le rôle de la BCE a été maintes fois remis sur le tapis.

Dans la plupart des Banques Centrales dans le monde, on leur confie de la stabilité des prix…mais également de la croissance. 
La BCE est ainsi un modèle unique en son genre car on lui demande de mener une politique monétaire d’une main de fer, sans tenir compte de la croissance et l’emploi. Un des leviers de la politique économie a ainsi été transféré à cette institution indépendante sans aucun compte à rendre. 

Sans la création monétaire et la dévaluation, à long terme, deux solutions sont possibles pour des européens en perte de vitesse :
  •  Une sortie par le haut en visant le marché du luxe, de la technologie de pointe, l’innovation, le haut de gamme,…
  • Une sortie par le bas, via la rigueur, l’austérité, le dépouillement de l’Etat et de la protection sociale,…
Ces deux solutions peuvent même se cumuler, d’une part, si les cas sont isolés (le pire étant le cas d’une sortie par le bas généralisé, ce qui est suicidaire car favorisant une lutte au moins disant) et, d’autre part, si le contexte le permet : des marchés européens et mondiaux dynamiques,  une industrie suffisamment forte, une volonté politique et citoyenne.
Des pays comme la Suède, l’Allemagne ont su prendre les devants au bon moment et cumuler les avantages et inconvénients des deux sorties.
Toutefois, aujourd’hui la conjoncture ne s’y prête plus et laisse peu de portes entrouvertes.


Les nouveaux scénarios

En quelques mots l'euro a des avantages : il a favorisé les échanges et les voyages, fait baisser les taux d'intérêt (en moyenne), permis de rivaliser avec le dollar, fait disparaître les coûts de transaction (de devises),... Il devait en théorie apporter une homogénéisation des politiques économiques et apporter plus de cohésion. Cela n’a pas été le cas.
Mais il serait bien dommage d’abandonner cette aventure maintenant comme le font de nombreux dirigeants en parlant de revenir aux monnaies nationales, d'expulser les mauvais élèves, de punir les fautifs...

1.     Attendre

C’est l’action privilégiée en ce moment. Comme personne n’est d’accord sur ce qu’il faut faire et ce qui est possible de faire, les dirigeants politiques font « durer le plaisir ». Cela peut sans doute tenir quelques mois encore mais tôt ou tard, on risque de se retrouver pied au mur.

2.     Le Fédéralisme

L'Euro en tant que monnaie est incomplète: une solution à la crise de l’Euro, serait justement plus d’Europe. Une Europe avec des liens plus forts, plus solidaires,…Une sorte de fédération des Etats Européens Unis.
Les modalités seraient à définir : un Gouvernement Economique Européen, une BCE aux missions élargies, une garantie solidaire des dettes européennes,…
Les barrières sont très nombreuses à un tel scénario : les Etats n’ont pas vraiment envie d’abandonner leur souveraineté, les fourmis veulent sanctionner et encore moins contribuer pour les cigales, la démondialisation séduit les individus, les extrémismes montent,…Et surtout la peur que cette solution ne fonctionne pas et entraînerait tous les autres !

3.     Le Retour aux Monnaies Nationales

Le retour aux monnaies nationales impliquerait renouement avec les difficultés entre devises.
Avec l'euro, seules des cures d'austérité sur les populations permettent d'obtenir un avantage compétitif : regardez l'Allemagne et ses coupes dans les années 2000 en matière de protection sociale appauvrissant les salariés mais améliorant son cout du travail vis à vis des européens. Le retour aux francs et aux monnaies nationales, c'est le retour des dévaluations compétitives et des crises type 1993.

Le retour au Franc, c'est automatiquement des taux d'intérêt plus élevés: l'argent pour investir devient plus cher vis à vis de l'Allemagne en particulier avec les conséquences qui en découleront sur le dynamisme du pays. 

C'est un retour à une France seule au milieu des grands pays de ce monde.

La dette resterait soit libellée en euros avec des conséquences catastrophiques sur le coût de la dette et sur les ménages (cout des importations dont le pétrole qui serait démultiplié) soit libellé en Euro-Francs à des taux impossibles. La France hormis quelques niches telles que l'aérospatial n'y gagneraient pas tant que ça au niveau des exportations.
Voilà pour les conséquences.

Sur les modalités, rien n'est prévu dans la constitution de l'UE. Tout reste à créer.
Il y aurait tout un processus démocratique plutôt long et complexe avant de recréer les pièces et billets, reconfigurer les caisses, guichets, ordinateurs, logiciels, comptabilités,...

A voir aussi comment gérer le changement de monnaie car tous les épargnants seraient tentés de retirer l'intégralité de leurs économies pour les mettre à l'étranger avant dévaluation.

Et puis comment se financeront des pays si les financements extérieurs aux Etats se raréfient.

"Certaines entreprises opérant au niveau international indiquent qu’une implosion de l’euro serait une mauvaise nouvelle mais pas une catastrophe", indiquait un célèbre quotidien britannique. De nombreuses grandes entreprises se sont préparées à ce scénario.