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dimanche 22 septembre 2013

Rapport - Pour une Economie Positive

Jacques Attali a récemment remis le rapport « pour une économie positive » au président de la république. 
Un an de travail et à la clé : 1 nouvelle forme d’Économie, 2 indices, 4 évolutions structurelles, 5 défis et 49 propositions

 


Définition de l’économie positive

L’économie positive se définit comme un capitalisme patient et altruiste pour la croissance et les technologies avec le moins d’externalités négatives afin de viser le long terme.

Derrière cette définition personnelle (simpliste je le reconnais), on sent que l’avenir économique ne doit se faire que par du toujours plus avec, à l’appui, des technologies musclées permettant d’essouffler moins vite la planète et de booster la croissance (gains de productivité, réduction de coût, besoin de moins de travail humain). Deux phrases illustrent cela dans le rapport :
« Pour la première fois [Note perso : en 2030], la majorité du monde ne sera pas pauvre. Leur mode de vie se calquera sur le modèle occidental. ».
« Aussi le management doit-il être repensé pour être à la hauteur des défis induits par la mondialisation et le primat de la technologie. »
Avec un peu plus de 8 milliards d’habitants vivant avec le confort matériel à l’occidental (c’est un peu illusoire il faut l’admettre), les membres du rapport espèrent probablement que les technologies (Primat de la technologie !) compenseront le manque de ressources et la destruction de l’environnement. L’optimisme ne fait pas de mal mais cela relève de l’utopie et de l’idéologie.



Deux indices

     L’indice de Positivité

    C’est un agrégé de 29 indicateurs. Il a été choisi de ne présenter qu’un seul chiffre plutôt qu’un tableau de bord. Je trouve cela dommageable car si une moyenne donne une vision globale, elle ne montre pas là où se trouvent les déficiences. Cette indice englobera plus de données que le simple PIB mais il n’en reste pas une moyenne de moyennes. 

     L’Indicateur de Volonté [pour aller vers l’économie positive]

     « Ease of doing positive economy ». Il montre la détermination des gouvernements à créer un environnement favorable et compétitif (encore la compétitivité). Il semble qu’il se base sur trois indices existants d’inspiration (trop) libérale. Le tableau synthèse reconnaît même des « supposés idéologiques forts » et un manque de prise en compte de l’aspect social.



Quatre Evolutions structurelles

  • Une démographie explosive et mal répartie.
  • Des technologies « vertes », efficaces (comprendre plus efficaces que celles de maintenant), moins chères et interconnectées. Le terme de technologies « vertes » me gênent un peu mais ce qui me choque, c’est l’aveuglement vis-à-vis du facteur risque. Certes les nouvelles technologies tendent vers l’efficacité et des accidents moins fréquents ; toutefois, la gravité des risques est démultipliée à chaque nouvelle innovation (le secteur des énergies en est un bon exemple).
  • Une économie de marché démocratique avec des classes moyennes urbaines, éduquées et droguées à la consommation (La phrase exacte du rapport est : « naissance d’élites« hypernomades »,  qui  représenteront  plus  de  200 millions  de personnes, de passage dans différentes zones urbaines (« villes-hôtels »),  dépendantes  de  réseaux,  consommatrices  de  contenus  éducatifs  et  de  médias  mobiles  toujours  plus  nombreux. »).
  • Un monde apolaire ou multipolaire avec un nouveau centre de gravité : l’Asie, et un continent-clé : l’Afrique.



Cinq défis d’ici 2030

  • De la rareté : des besoins alimentaires (+35%) sans compensation équivalente de la production, le  changement climatique (accroissement des températures d’un demi-degré et du niveau de la mer de 12 cm),
  • Des nouvelles technologies qui « s’imposeront » et « tireront la croissance »,
  • Des inégalités : pauvreté, précarité, vieillissement, urbanisation galopante et chômage des jeunes (50% des 15-30 ans chez les émergents et problématique chez les autres).
  • Des difficultés politiques : sécurité, en particulier les cyberguerres, crise de la gouvernance et généralisation de la démocratie,
  • Une crise idéologique avec un besoin d’assurance pouvant transiter par le totalitarisme ou le fondamentalisme.



Quarante-neuf propositions

Je ne les présenterais pas toutes mais plutôt quelques axes :
  • Rééquilibrer les relations dans l’entreprise, qui pencheraient trop en faveur des actionnaires et des dirigeants. Quelques moyens sont évoqués comme la réforme du management, l’interdiction des stock-options, l’indexation de la rémunération des dirigeants sur l’indice de positivité ou encore la création d’un malus/super-malus sur l’impôt des sociétés,
  • Réformer les normes comptables de façon démocratique, en vue d’y intégrer des données sociales et environnementales,
  • Développer les financements participatifs, le microcrédit et la solidarité nationale, si possible en faveur des innovations « vertes », en allégeant la réglementation. J. Attali  présidant cette commission mais étant également président de Planetfinance (institution de microcrédit où courent de nombreuses histoires peu responsables, socialement parlant), cela ne m’étonne pas qu’il vante les bienfaits de sa paroisse. A l’heure de la crise financière et économique, il demande moins de règlementations, de normes, de garanties,…mais par contre plus de souplesse et même un service civique obligatoire pour la microfinance ! Cette phrase m’a même fait rire !!
  • Passer la vitesse supérieure dans la lutte contre les facteurs déstabilisants du marché : par exemple en isolant les paradis fiscaux et en mettant en place une taxe sur les transactions financières (contre le trading à hautes fréquences),
  • Améliorer le fonctionnement de l’administration grâce aux technologies (cloud computing et échanges d’informations),
  • Appliquer toutes ces mesures non pas à la seule échelle française, mais au niveau européen.




En bref, le rapport pour une Économie positive est plutôt complet et intéressant mais contient peu d'innovations en la matière. On sent l'approche de J. Attali dans ce dossier comme la réponse aux crises par le tout technologique. Je n'ai rien contre les technologies (au contraire j'en suis fan) mais j'ai beaucoup de mal à croire que la technologie guérira les maux de ce monde alors qu'elle en est en partie responsable. Je crois qu'il s'agit là d'une fuite en avant.
Les nouveaux indicateurs apporteraient de nouveaux éclairages, bien que l'idée de moyenne (de moyennes) me gêne : on obtient une vision globale mais finalement peu utile car ne montrant pas les défaillances. Peut-être que la batterie d'indicateurs sous forme de tableau de bord, avec une note globale, aurait été plus judicieuse.
Enfin, le rapport présente des propositions concrètes mais reposent beaucoup sur le bon vouloir des personnes qui ont du pouvoir. Compte tenu du fait que ces  mêmes personnes (ayant le bras long) ont jusqu'à présent tiré la couverture vers eux et que les rapports inégaux dans la société ne datent pas d'hier, je pense qu'il est illusoire d’espérer des initiatives de leurs parts. 

La liberté du choix et les technologies sont de belles choses mais si elles réglaient tout, nous n'aurions sans doute jamais eu besoin d'un tel rapport. Ce travail est de bonne facture mais on a l'impression qu'il ne fait que répondre à "comment créer beaucoup de croissance rapidement" et "comment la faire durer le plus longtemps possible" sans jamais reconnaître que la Terre a des limites. Autrement dit, ce document est organisé autour de la création de richesse, de tout ce qui a un prix. C'est un comble car le mot "bien-être" y est inscrit 37 fois ! C'est un sentiment malheureux car cela signifierait que le bien-être ne se résume qu'à la croissance de la production et de la consommation. Mais faudrait-il s'étonner d'une telle conclusion quand on sait qui présidait la commission?

vendredi 20 septembre 2013

Saga de la croissance 1 - Le libre-échange est-il facteur de croissance?

Depuis quelques siècles, les économistes cherchent la recette magique de la croissance. La croissance du PIB est un indicateur incomplet et ne devrait pas être une fin en soi, mais plutôt un outil au développement du bien-être.


Cela dit, puisque la question est posée, autant regarder ce qu’il en est. Je pense aborder les différents liens entre les différents ingrédients de la potion « magique » croissance : le progrès, le libre-échange, le laissez-faire…

Commençons d’abord par analyser le lien entre libre échange et croissance.
 

Un peu de théorie

Le libre-échange est une doctrine en faveur de l’abolition des obstacles à la circulation des biens, des services, des capitaux, des hommes… entre les pays du monde.

Un des pères du libre-échangisme est sans conteste Adam Smith au XXVIIIe siècle. Selon cet économiste (professeur de morale), les pays qui possèdent un avantage absolu – c'est-à-dire lorsqu’une nation peut vendre un produit moins cher que les autres – doivent se spécialiser, exporter ce produit et importer tout le reste. Cette théorie exclut de facto les pays sans avantage absolu du commerce international.

David Ricardo confirme cette théorie mais ajoute que les pays sans avantage absolu devraient se spécialiser là où ils sont les moins désavantagés puis exporter ces produits. C'est la théorie des avantages comparatifs. De cette manière, on serait dans un jeu gagnant-gagnant. Le commerce international se résumerait-il à une question de productivité du travail et de technologies ?

Plus proche de nous (première moitié du XXe siècle), trois économistes développèrent une nouvelle théorie, dîtes HOS, expliquant que les pays doivent se spécialiser en fonction de leurs « dotations factorielles », donc de l’abondance naturelle des facteurs de production que sont le capital, le travail et les terres.
Par exemple, un pays possédant un facteur du travail abondant et peu coûteux devrait se spécialiser dans l’assemblage de produits intermédiaires.

Dans les années 80, les économistes se sont attardés à expliquer le rôle des politiques sur la croissance à travers la croissance endogène. Très simplement, la croissance endogène est un modèle internalisant le progrès technique comme l’un des facteurs de croissance. Mon but n’est pas ici de parler de ce lien mais de montrer que le progrès (au sens technique et technologique) est aussi une des composantes du libre-échange. Ce stock de connaissances, de savoir-faire et de compétences jouera en faveur du commerce international, s’il est mis à bonne contribution.

Ces théories, aussi intéressantes soient-elles, ne permettent pas de justifier nombre d’interactions dans le monde économique. Ainsi, elles n’expliquent pas les échanges au sein des multinationales, l’échange de même produits entre pays aux dotations quasi-similaires (échanges nord-nord par exemple), l’imbrication des circuits économiques, l’émergence des nouvelles puissances, la question des institutions internationales ou encore l’intérêt de protéger les entreprises naissantes face à la concurrence.



Oui le libre-échange permet de générer de la croissance…

Au vue de ces théories (pro libre-échangiste), il semble évident que le libre-échange soit un facteur de croissance.
La difficulté à expliquer la boîte noire des échanges est applicables à l’économie en générale : il s’agit d’une science humaine, très complexe et au caractère impermanent, qu’on ne peut raisonnablement pas simplifier en une seule équation (ou théorie).

L’inexactitude ou les imperfections des modèles précédents, montrent que nous n’arrivons pas à expliquer comment le commerce international fonctionne mais que dans de nombreux cas, le libre échange est positif. Si ce postulat est bien vrai, le libre-échange favoriserait la spécialisation et la multiplication des débouchés ; se faisant, les économies d’échelle et les gains de productivité coulent de source. Cela est vrai, toutes choses étant égales par ailleurs (comme aiment bien le dire les économistes pour éviter, artificiellement, les effets des autres paramètres).

En raisonnant par l’absurde, nous connaissons aussi les résultats d’un protectionnisme trop agressif qui crée des situations de monopole, freine l’esprit d’entreprise et aggrave les crises.



…mais le libre-échange doit être encadré

En réalité le libre-échange ne peut ni être simplifié en une théorie, ni se concevoir « toutes choses étant égales par ailleurs ».

C’est pour cela que différents points doivent être étudiés en parallèle :

     1. Créer un climat concurrentiel

Pour éviter les situations de monopole, il faut parfois protéger les entreprises naissantes, les protéger de la concurrence mondiale et des très grandes entreprises qui seraient tentées de leur couper l’herbe sous le pied ou de les racheter. C’est pourquoi il convient de protéger ces entreprises au départ – on parle de capitalisme éducatif – ou de créer une réglementation pro-concurrentiel (anti-monopole, anti-engloutissement, anti-entente sur les prix).

     2. Privé et Public ne doivent pas s’entre-dévorer

Dans un contexte de mondialisation, certaines entreprises ou acteurs privés peuvent devenir tellement importants qu’ils peuvent inciter – quand ce n’est pas obliger – les États à céder sur divers points sociaux, fiscaux ou législatifs. Ce chantage, qui se traduit par une compétition entre États, est extrêmement nocive pour l’économie. Or, l’économie doit être au service du bien-être et non au service d’une minorité.
Cette course au moins-disant socialo-fiscal affaiblit l’état et le rend moins légitimes aux yeux du monde. C’est une erreur car l’État a un rôle régalien, d’éducation, de protection, de services, d’accompagnement, de soutien et même de démarreur dans certains secteurs : c’est le cas des activités peu rentables à courts et moyens termes comme le nucléaire, l’aérospatial,…
Enfin, le libre-échange ne doit pas créer de chocs asymétriques dans des marchés communs (UE, futur ASEAN,…) ; j’entends par là que les échanges ne doivent pas être source de crise pouvant remettre en cause des régions intégrées. C’est le cas par exemple des écarts de balance commerciale entre les pays européens, qui ont favorisé cette crise infernale dans laquelle nous sommes.

     3. Un système intrinsèquement instable

Les marchés sont instables et on sait qu’ils se grippent souvent : les cycles économiques, les croyances auto-réalisatrice, les ajustements excessifs des acteurs, les ordres automatiques à hautes fréquences, les émotions,…André Orléans crie haut et fort depuis des années que le marché des actifs (entre autres) est intrinsèquement instable. Mais le marché en général contient de l’instabilité et des anomalies en son sein même. Or le libre-échange et le marché sont dans le même panier : le libre-échange repose sur l’idée d’un marché parfait et sans reproche, ce qui n’est pas le cas. Il faut donc l’encadrer pour éviter trop de dérapages.
Le marché de l’agroalimentaire a par exemple montré ses limites lorsqu’en pleine crise, des pays émergents et pauvres reposant sur le modèle du libre échange, sans stock (ou presque) ont redécouverts les phénomènes de famines. Il faut donc des garde-fous et tous les biens ne peuvent être soumis au libre-échange.
On pourrait aussi bien parler du libre-échange dans la finance : la déréglementation et le décloisonnement ont lourdement contribué à la crise de 2007. Ce ne sont pas vraiment des causes mais des puissants facteurs aggravants.

     4. Des échanges aux bénéfices inégalement répartis

Si la théorie économique prône le libre échange, elle évoque rarement la distribution de ses bénéfices. On sait que les marchés sont instables mais aussi que certains acteurs peuvent facilement en tirer la plus grande part du gâteau. Tout le monde ne profite pas des bienfaits du libre échange, ou du moins équitablement. Ce n’est pas juste et cela justifie une course au toujours plus, sous prétexte qu’il faut faire grandir le gâteau sans cesse pour satisfaire tout le monde. Comme je l’ai déjà indiqué à maintes reprises, ce qui compte n’est pas tant la taille du gâteau que la façon dont on le découpe. Là aussi, cela implique des institutions et des réglementations internationales sans quoi le libre échange perd sa légitimité.

     5. Le libre échange seul crée des externalités négatives…

Nous avons beaucoup de mal à connaître nos limites et les conséquences de notre activité à court, moyen et long terme. En créant de la croissance à l’instant T, nous pouvons aussi menacer les générations futures, détruire notre stock (écosystèmes, ressources naturelles, paysages,…) sans que cela ne soit pris en compte dans le calcul de la croissance.

     6. …et nous avons du mal à en mesurer les bienfaits

Mathématiquement parlant, un libre-échange pollueur ferait augmenter le PIB (la croissance) alors qu’il affecterait négativement le bien-être. On en revient aux limites du PIB et de la croissance mais c’est l’un des principaux indicateurs de l’efficacité du libre échange – et le sujet de cet article. Le libre échange est sans conteste facteur de croissance mais pas nécessairement de bien être. Il convient donc de trouver des indicateurs complémentaires pour mieux appréhender les mécanismes du libre échange et améliorer le fonctionnement du commerce international.
De plus, les consommations intermédiaires sont croissent et peuvent se cumuler entre elles. Autrement dit, quand un produit final est composé de plusieurs sous-produits fabriqués partout dans le monde, les calculs ont tendance à additionner les productions entre elles : [sous-produits 1 + sous-produits 2 + … + sous-produits X + produit final] alors qu’il ne faudrait ne retenir que le produit final. Cela gonfle artificiellement les chiffres du commerce international et en fausse son analyse. Et encore ce n’est qu’un exemple de l’imperfection des chiffres.

     7. La concurrence pure et parfaite n’existe pas

Enfin, les théories du libre échange reposent en grande partie sur les bases de l’homo œconomicus et d’une concurrence pure et parfaite. C’est une utopie mathématique. L’humain est rationnel mais aussi irrationnel : il se trouve entre le robot (homo œconomicus) et la bête (« l’esprit animal » comme le disait Keynes). Le libre-échange est facteur de croissance, mais doit être sous contrôle humain.

jeudi 5 septembre 2013

France - Une accalmie économique en trompe l'oeil



Économie

Au 2e trimestre 2013, les chiffres (prévisionnels car ils peuvent être révisés) pour la croissance française annoncent un +0,5%. L’OCDE, dans la foulée, a même relevé les prévisions de croissance pour 2013 à +0,3% !

Est-ce une bonne nouvelle ? Oui, c’est évident. Toutefois il faut minorer cette joie dès qu’on entre dans la composition de ce demi-point :
  • La moitié est due au re-stockage des entreprises : dans l’attente d’un redressement, elles se sont retrouvé avec un stock dans le rouge et doivent maintenant compenser.
  • L’autre vient d’une consommation intérieure tirée par les mauvaises conditions météorologiques : les français ont fait tourné le compteur d’électricité, consommant plus d’énergie qu’à l’habitude et sans rechigner sur le reste.

Ces deux bonus tirant les chiffres vers le haut ne se reproduiront plus tant pour l’un que pour l’autre. Tout au plus la consommation va tenir bon jusqu’à la fin de l’année, par anticipation de la hausse de la fiscalité à partir de 2014 (TVA entre autres).

Cela dit, il semblerait que l’accalmie, d’un point de vue purement économique (les chiffres dirait-on) n’est plus très loin.



Chômage

Si économiquement, les nuages gris disparaissent petit à petit, niveau chômage, le compte n’est pas bon : les chômeurs sont plus nombreux mais le gouvernement tempère en disant que la courbe du chômage augmente moins vite. Pourquoi ?
A l’instar des chiffres de la croissance, il s’agit d’une joie en demi-ton quand on y regarde de plus près. Ce ralentissement du chômage provient principalement :
  • De la hausse des CDD de moins d’un mois qu’on peut lier avec le restockage des entreprises et les remplacements pendant les congés d’été,
  • De l’augmentation du nombre des chômeurs de longue durée,
  • Des emplois aidés sachant que les finances publiques sont dans le rouge,
  • Des nombreuses radiations, ou autrement dit, l’abandon de la population de s’insérer dans le monde du travail et la perte d’espoir.
  • D’un récent changement des questionnaires de l’INSEE sur le calcul du chômage, créant une marge d’erreur de 0,3% et faisant baisser artificiellement les chiffres.



Le problème du chômage en France, ce serait les français même !

Dans une récente émission de C dans l’air, un des spécialistes de l’économie et de la finance, résume le problème du chômage en France en quelques idées-clés :
  • En France, nous aurions accepté l’idée du chômage comme normal,
  • Les français ne sont pas enclins aux changements en matière de travail et de protection sociale (traduction : ils ne veulent pas lâcher leurs avantages et acquis sociaux).
  • Les français bougent très peu en France.
La solution serait un mix de baisse des salaires/cotisations et d’allégements du droit de travail sur le modèle des lois Hartz allemande (j’extrapole : suppression du SMIC pour favoriser les petits jobs peu payés, mesures drastiques portant sur les allocations chômage et les modalités d’accès, faciliter le travail à temps très partiel, donner la priorité aux besoins de l’entreprise sur les aspirations des salariés,…).


La France serait-elle un enfer du monde du travail et des employeurs ? Des salariés fainéants, demandant trop aux créateurs d’emplois et ne souhaitant aucun changement, qu’ils soient géographiques, financiers ou juridiques ? Non, non et non.

D’une part, les français sont plutôt sédentaires, c’est vrai, mais ils savent aussi se bouger quand il le faut. Le baromètre de la vie des apprentis a récemment souligné que 6 apprentis sur 10 n’hésiteraient pas à changer de région s’il le fallait. On peut certes penser que les apprentis sont souvent jeunes et avec peu d’attache familial ; les autres sont sans doute moins enclins à la mobilité géographique, mais quand même…Il est aussi légitime d’aspirer à un peu de stabilité et de sécurité.

D’autre part, ce concept du modèle allemand adapté à la France repose sur le court terme et certainement pas sur le long terme comme je l’ai indiqué à plusieurs reprises sur ce blog : en réalité on appauvrit le pays car les gens sont moins payés, consomment moins, s’investissent moins dans leur travail, ont des emplois à temps (très) partiel non volontaires,…La France ce n’est pas l’Allemagne et l’Allemagne a elle aussi d’autres problèmes.
On peut aussi poser le débat de jusqu’où aller ? Faut-il aller jusqu’aux petits boulots à 4 euros de l’heure tels qu’on en voit en Allemagne ? Faut-il laisser l’offre et la demande s’affronter quitte à ce que certains travaillent au taux horaire chinois? Tant qu’à faire, l’ancienne présidente du MEDEF indiquait même « La vie est précaire, l’amour est précaire, pourquoi le travail ne serait pas précaire ?"



Des solutions théoriques

Ce postulat (« libérons, flexibilisons et précarisons le travail pour la majorité ») est un pur débat d’économiste qui résume le problème à une offre et une demande : en gros, en baissant le coût du travail (les salaires disons le clairement) et en émiettant la législation du travail, on favorise l’offre en espérant que les entreprises embaucheront à foison. Est-ce préférable d’embaucher à n’importe condition ou de rester au chômage ? La bonne solution est un équilibre entre les deux et non pas une flexibilité à tout prix ou une croyance absolue dans les lois du marché.

Cette libéralisation du travail omet que les entreprises n’embauchent pas parce qu’un « salarié ne coûte pas cher » mais surtout qu’elle en a besoin. S’il n’y a pas de marché derrière, c’est juste un effet d’aubaine comme je l’ai déjà expliqué pour la prime versée lors de l’embauche de jeunes, l’été dernier.

Une telle recommandation repose sur le fait que les bénéfices d’une telle politique du « moins médisant que moi, tu meurs » soient réinvesties efficacement. Et que tout serait réglé.
Les arguments allant à l’encontre d’une telle thèse sont nombreux. La preuve en est dans l’augmentation très prononcée des hauts revenus (en 2010 : +4,7% pour les 1% les plus aisés et même +11,3% pour les 0,01%) tandis que les autres stagnent ou baissent. Si la consommation est affectée, il y a moins de débouché et les entreprises auront besoin de moins de personnel. Cette accumulation n’empêche même pas l’investissement d’être au point mort…
L’économiste Tomas Sedlacek résume très bien cette course à l’accumulation sans croissance et sans limite dans son livre « l’économie du bien et du mal » : 
« Ce que désire par-dessus tout l’individu normal, ce n’est pas la satisfaction des besoins qu’il éprouve, mais des besoins plus nombreux et meilleurs. »

De plus cette flexibilité est uniquement portée sur le coût du travail (combien coûte un salarié pour son employeur) alors qu’il devrait y avoir aussi débat sur la qualité (formation, études,…) et sur l’environnement (infrastructures, échanges université-entreprise, échanges public-privé, intelligence économique…).

Et puis, rappelons quand même que le gouvernement a déjà créé un dispositif pour alléger le coût du travail : le crédit impôt compétitivité. Certes il est compliqué, à la française dirait certains, mais il est là et il favorise les investissements.

Enfin, si la solution de la déflation salariale est tant portée par certains économistes/financiers, c’est que nous sommes soumis à la monnaie unique : on ne peut pas dévaluer. A partir de là, soit on vise la coordination et l’efficacité tous ensemble, soit on la joue solo avec la carte de la déflation salariale. Or cette dernière stratégie ne fonctionne pas si tout le monde le fait ! Bah oui, qui consomme, si tout le monde se serre la ceinture en prévision que le voisin consomme à sa place ?!


La vraie solution, on la connaît : la formation et l’investissement. Mais cela coûte beaucoup d’argent.
Et quand je dis cela, c’est surtout vrai pour les PME car l’Etat n’a plus vraiment les moyens d’une telle politique et les grandes entreprises sont dans la course aux réductions de coûts et aux délocalisations.

mardi 6 août 2013

Le Crowdfunding

La finance participative c’est toutes les techniques de financement sans intermédiaire (ou très peu) : la micro-finance, le prêt entre particuliers,…et le Crowdfunding.

Le Crowdfunding permet de financer des projets via une collecte de fonds, souvent par internet, sachant que la base de l'action est le don. Bien sûr pour attirer les donateurs, il y a très souvent une contrepartie (non-financière) du projet : pour l’édition d’un livre cela sera son PDF ou l’exemplaire physique, pour l’organisation d’un évènement ce sera une entrée, pour un enregistrement ce sera un album,…
Ce genre de dispositif ressemble fortement aux précommandes (acheter avant la mise en fabrication) voire aux tontines, c'est-à-dire la mise en commun de ressources autour d’un projet.



Sécurité et Intérêts du Crowdfunding


Crowdfunding, Précommande et Souscription

Le Crowdfunding diffère de la précommande ou de la souscription : dans le premier cas, le projet n’en est qu’à ses prémisses et c’est justement l’argent des donateurs qui permettra son développement alors que dans les deux derniers le produit est soit en attente de fabrication, soit déjà bien avancé.
Les donateurs confondent presque systématiquement les deux et raisonnent en termes d’investissement. Il s’agit bien d’un don dans le Crowdfunding et non d’achats de parts sociales, d’actions, d’obligations ou d’un prêt. C’est pourquoi le Crowdfunding ne donne aucun droit de regard sur le produit, sur le calendrier ou sur l’utilisation des fonds. Du moins légalement.


Un Investissement ? Non!

Comme dans la plupart des systèmes d’investissement, ceux qui prêtent, le font toujours  en méconnaissance de cause. Ils savent deux ou trois choses par ci par là mais souvent ils apprennent sur le tas, au fur et à mesure, ce qui les rend de plus en plus méfiant. Ici, nous ne sommes pas dans une logique d’investissement mais de soutien financier, ce qui limite encore plus les droits des donateurs - il n'y en a presque pas en fait.
Le Crowdfunding possède également une dimension humaine : les donateurs ont vraiment l’impression de participer à l’aventure, ce qui ajoute une touche émotionnelle. Ils sont là depuis le début et c'est un peu leurs projets.
Le porteur du projet a tout intérêt à communiquer sur les avancées afin de rassurer les donateurs, d’une part, pour éviter les commentaires négatifs et, d’autre part, en vue de prochaines levées de fonds.


Le Rôle des plateformes de Crowdfunding

Moyennant une commission, les plateformes servent d’intermédiaires, de filtre à projets et de fournisseurs d’outils de promotion ; ils peuvent aller au-delà en fournissant des conseils et une expertise.
Ils n’interviennent pas dans la gestion des conflits entre donateurs et porteurs de projet. Il s’agit d’un don et si le projet tombe à l’eau, est reporté ou non conforme aux attentes, il n’y pourra rien. 
Pour toutes ces raisons, avant de sortir la carte bleue, il faut essayer d’évaluer la faisabilité du projet d’un point de vue financier, humain et temporel. L’exercice n’est pas simple mais est indispensable si vous ne souhaitez pas perdre votre argent.


Le Porteur du Projet

J'ai de nombreuses interrogations sur le statut du Porteur du projet. En effet, dans le cadre d'une donation, rien n'obligerait le porteur du projet à créer une entreprise ou une association. Il pourrait ainsi rester un particulier comme un autre qui recevrait des dons avec une promesse de contreparties non-financières.

Exemple : imaginez un particulier promettant de publier un livre à partir d'un certain seuil de financement. En contrepartie d'un don de 25 euros, il édite le livre et l'envoie aux donateurs  (si tout se passe bien). La levée de fonds fonctionne et le porteur de projet va jusqu'au bout. Il aura alors engrangé un certain bénéfice sans déclaration et impôts. Par contre il n'est pas autorisé à commercialiser le livre dans les librairies ou sur internet car aucun statut juridique. Cependant rien ne l'empêche de sortir une version amélioré en Crowdfunding comme s'il s'agissait d'un nouveau projet, permettant alors de "donner" une nouvelle fournée.

Je me demande vraiment si cela est possible de cette manière car il y a aurait là une faille permettant de faire une activité lucrative sans impôts, déclarations et TVA. Cela me semble trop aberrant pour être possible.
Il y aurait bien sûr des limites comme l'impossibilité de vendre ses produits et services en dehors du Crowdfunding, les difficultés à promouvoir son produit/service et la crédibilité même du particulier qui n'est pas un éditeur professionnel.

Le gouvernement est en train de préparer une batterie de lois pour encadrer la finance participative et le Crowdfunding. En effet, il s’agit d’une excellente opportunité pour notre compétitivité : il s'agit de financer des projets innovants que des banques n’aurait probablement pas suivi ou alors avec un coût très élevé.
Quelque part, on en revient aux fondamentaux : le prêt par confiance avec peu ou pas d’intermédiaire.