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dimanche 21 juin 2009

Du rôle de l'Allemagne - le modèle Rhénan

L’allemand est la langue la plus parlée en Europe. 85 millions d’allemands, 5 millions de suisses allemands, 8 millions d’autrichiens, sans compter bien sur les hollandais, les wallons, les luxembourgeois, les alsaciens, les hongrois, les polonais etc…

Pour certains, le modèle allemand est celui de la réussite et de puissance adapté à l'euro fort. N’avez-vous déjà pas entendu dire que les salaires allemands sont plus élevés et qu'on y vit mieux qu'en France ?

Pour d'autres c'est le plomb de l'Europe, tirant la croissance européenne vers le bas, à cause, entre autres, de son droit du travail trop restrictif et du dumping social.

Aujourd'hui, si le modèle allemand est mal-mené par la crise et par la chute de ses exportations, il est probable que le "made in Germany" se redressera.

Comment l'Allemagne est-telle devenue ce géant de l'export?
Et surtout que peut-on dire du rôle politique et du modèle allemand ?



I. Le géant de l’export
L'Allemagne détient un modèle économique concentré sur les exportations et les hommes, d'où la prise en compte du "capital humain" dans la comptabilité. Les exportations pèsent plus de 45% du PIB allemand.

Donc on retrouve deux aspects.

Le premier est l'aspect managérial:
Il prime les relations collectives ; on parle de cogestion (décision de la Direction Général ET des salariés):
  • Gestion collective de la main d’œuvre (à la manière fonction publique),
  • Importance des IRP (Institutions de Représentation des Salariés),
  • Système de qualifications important.

Or je trouve que cet aspect humain a tendance à disparaître à cause du deuxième aspect, les exportations.

Aujourd’hui on peut résumer en quelques points, les causes du succès de l’Allemagne en matière d’exportations:

o Une quasi-absence de budget militaire,

o Des délocalisations (Pologne, Tchéco-slovaquie...),

o De la recherche de la qualité: c'est bien vrai qu'aujourd'hui l'Allemagne a plutôt un rôle d'"assembleur" et ainsi de vérificateur. Je pense que la stabilité de la qualité allemande pourrait venir de là...En tout cas, c'est cette recherche de la qualité et en même temps les délocalisations qui ont provoqué l'apparition de label type "made in Germany" (lorsqu'un bien manufacturé est produit à partir d'une fraction minimum de matière première extraite en Allemagne et élaboré par une main d'œuvre essentiellement allemande). L'économiste Hans Werner Sinn a calculé que 40% du "made in Germany" est produit à l'étranger,

o Du développement du multilatéralisme,

o De l'utilisation (et vente) massive de machine-outil et autres robots. Ce secteur (moins grand public) a été tiré par la transformation de la Chine en atelier du monde. Une usine qui ouvrait en Chine, c'était des commandes pour l'industrie allemande. Autrement, d'une manière plus générale, l'Allemagne s'est spécialisée dans certains domaines comme les machine-outil, la chimie, l'automobile haut de gamme,etc...

o Du dumping social depuis 10-20 ans.

Sur ce dernier point je cite ATTAC Allemagne:
«Pendant des années, les autorités allemandes et les entreprises ont mis les conditions de travail dans toute l’Europe sous pression par des baisses de salaires et des coupes sombres dans les dépenses sociales en Allemagne », poursuit Schwarz. En éliminant leurs concurrents européens par ce moyen, elles tentent de créer un surplus commercial sans précédent.
Étant donné que les principaux partenaires commerciaux de l’Allemagne sont liés à l’euro, ils ne peuvent plus se défendre contre cette politique de dumping social en dévaluant. La balance commerciale de l’Europe est, de ce fait, responsable des deux tiers du surplus allemand. Les pertes d’emploi et les délocalisations que ce processus engendre ainsi que la stagnation sur le marché intérieur allemand font que la politique économique et sociale de l’Allemagne a cessé d’être une affaire purement nationale.

Depuis les années 90, on parle :

  • De glaciation salariale allemande (très faible augmentation des salaires comparé à la zone euro),
  • Du développement des petits boulots,
  • De la fragilisation des syndicats salariés,
  • D'une remise en question de la protection sociale (cf. réforme Hartz 4 par exemple),
  • De l'augmentation de la TVA (en 2007) pour diminuer les cotisations sociales,
  • De l'allongement de l'âge de la retraite de 65 à 67 ans (en 2007),
  • De politique budgétaire d'austérité; on peut d'ailleurs citer l'inscription récente dans la constitution allemande, d'une interdiction de dépasser les 0,35% de déficit publique en 2016,
  • De l'absence de SMIC.

Alors c'est vrai qu'il y a une vingtaine d'année, l'Allemagne avait des salaires élevés d'où une différence aujourd'hui faible avec les salaires en France ; la France est d'ailleurs l'exception européenne car elle n'a pas eu recours au dumping social (en moyenne bien sûr).
En Allemagne, on note de nombreuses coupes dans les aides sociales, dans les aides de retour à l'emploi, etc… Sans compter les délocalisations massives. Au final, les charges de personnel ne représentent plus que 58% de la valeur ajoutée (la richesse créée) des entreprises, contre 68% en 1993.


On peut dire que cette puissance s’est construite aux dépens de l'emploi et de l'égalité des revenus en Allemagne même ; cela explique pourquoi la demande intérieure est si faible aujourd'hui. Cela pourrait également expliquer, au moins en partie, pourquoi le pourcentage de personne, vivant sous le seuil de pauvreté est plus élevé en Allemagne qu'en France.

Bref d'une approche plus économique et sociale, on note que grâce à l'exploitation systématique des ressources, les entreprises allemandes ont réparties les sites de production de manière à faire de l'Allemagne le premier exportateur du monde (faire fabriquer à moindre coût les composantes dans des pays à bas salaires, casser ses propres salaires et sa protection sociale, vendre cher aux voisins européens ou aux États-Unis, grâce à la réputation du Made in Germany).

Évidemment à court terme ça marche. Mais à long terme ?


Aujourd’hui, ce modèle pourrait avoir atteint ses limites :
  • Faiblesse de la demande intérieure,
  • Secteur automobile en crise,
  • Une industrie chinoise qui commence à stagner après des années de sur-investissement d’où la diminution des besoins en robot. Or cette industrie chinoise ne redémarrera probablement pas de la même façon,
  • Globalement : une baisse du commerce mondial (suite à la crise),
  • L'Allemagne devient un pays d'émigration, avec une fuite de la matière grise, en particulier, vers les États-Unis, la Suisse, l'Autriche et la Hollande. Et puis l'Allemagne risque de voir sa population diminuer (le bureau fédéral des statistiques parle d'une baisse de 20% de la population d'ici 2060 et cela aggravé par le fait qu'un habitant sur trois aura plus de 65 ans).

La seule chose que l'Allemagne a conservée, c'est sa rigueur monétaire, pour être capable d'imposer ses vues aux États-Unis. En effet, à la différence du Japon, l'Allemagne dispose de sa zone monétaire, l'Euroland.


II. Le rôle politique de l’Allemagne
Edouard Husson, grand spécialiste de l'Allemagne, nous dit que les pays de l'Europe occidentale ont payé la réunification allemande par deux fois :
  • Une première fois au début des années 1990 par la politique des taux d'intérêts pratiqués en Allemagne,
  • Une deuxième fois par la dévaluation des monnaies européennes intégrées à l'euro-mark.
Toujours selon lui, l'Allemagne rechercherait l'hégémonie en Europe en l'affaiblissant et en devenant le partenaire privilégié des États-Unis. C'est un avis qu'on ne partage pas tous, mais c'est une possibilité et puis le multilatéralisme est une vieille valeur allemande.

Certains vont plus (trop) loin comme Pierre Hilaire qui nous dit que l'Allemagne cherche à redessiner l'Europe en nations-ethnique...ou encore Adam Lebor et le prince du Liechtenstein parlent même de la mise en place du 4e Reich.


Après débat et discussions, je me suis rendu compte que pour certains, ce modèle politique a été illustré à plusieurs reprises:

1. L'Allemagne a été le premier État (avec le Vatican, qui avait ses propres raisons) à reconnaître l'indépendance de la Slovénie et de la Croatie, alors que tout le reste de l'Europe s'interrogeait sur la conduite à tenir, sur les risques d'escalade de la violence.
L'Allemagne avait clairement le dessein de faire exploser une Yougoslavie dominée par la Serbie, un vieil ennemi trop lié à la Russie (et à un degré moindre à la France).
La manière dont l'Allemagne a imposé ses choix politiques en 1991 - 1993 dans la crise Yougoslave, a empêchée de trouver une solution européenne satisfaisante.
Tout cela s'est fait discrètement pour discréditer les autres membres de l'UE.
Une petite anecdote sur l’ex Yougoslavie : la monnaie de référence durant tout le conflit c’était le Mark.

2. De la même manière, une certaine passivité a permis aux américains de mettre leur grain de sel, autant dans les Balkans, que pour soutenir l'Europe de l'est.

3. L'Allemagne a été l'un des moteurs indispensables à la mise en place d'une union transatlantique.

4. En 1999, la guerre du Kosovo a amplement démontré que Berlin est maintenant l'interlocuteur européen privilégié des États-Unis au sein de l'OTAN. La chaîne de commandement en Europe est constituée par l'axe Washington-Londres-Berlin. Paris se retrouve à la marge.

5. Encore une remarque...Pourquoi Angela Merkel a exigé que toute l'UE fasse partie de l'Union Méditerranéenne?
Elle avait parfaitement compris que c'était le moyen français de rééquilibrer la balance avec l'Allemagne, l'anneau méditerranéen faisant contrepoids à la Mittel-Europa allemande...

Il s'agit peut être d'un pur hasard...


Certains vont dire «Ce ne serait pas plutôt le Royaume-Uni, le partenaire privilégié des États-Unis en Europe?"
Là dessus, je qualifierais plutôt leur relation de "relation spéciale": frères d'armes, frères politiques, "ami" avec de nombreux points communs: culture, valeurs, histoire, intérêts, objectifs communs, langues...A ce sujet, j'aimerais dire que l'UK est totalement déchiré entre les US et l'UE, d'où les nombreuses convergences : pas d'espace Schengen, pas de monnaie unique, des dérogations immenses…mais une volonté de mettre en place une vraie politique de défense européenne...

Pour en revenir au sujet et plus particulièrement concernant le commerce, l’Allemagne devance le Royaume-Uni sur plusieurs points (balance commerciale, importations US…) Et puis, inutile d'aller très loin, l'Allemagne est la premier exportateur mondial...Les US sont le premier importateur mondial...
Je vous laisse imaginer les relations entre le n°1 des ventes et les n°1 des achats.


Conclusion
Pour en revenir vraiment à l'Allemagne: c'est un pays européen, le plus puissant et il souhaite préserver ses intérêts…comme tous les autres pays en Europe. Mais c’est lui qui a le mieux réussit en la matière.

Devenir le partenaire le plus respecté en Europe est un moyen comme un autre mais pas une finalité. L'Allemagne ne cherche pas à être au service des américains mais veut bien leur tenir tête politiquement et militairement, d’où le refus de protection militaire des États-Unis ; par exemple, le bouclier anti-missile américain a vu le jour en Pologne et non sur le sol allemand.

On ne peut pas reprocher au modèle allemand, sa rigueur monétaire, permettant de faire face au dollar et aux États-Unis en général.
Pour parler politique, on ne peut que saluer leur efficacité : scrutin plus démocratique, pouvoirs décentralisés et partis mis sur un pied d'égalité.

Mon but n'est pas de peindre un mauvais portrait de l'Allemagne. Dans notre UE riche en contradictions type « tous pour un mais chacun pour soi », on peut dire que le modèle allemand a été l’un des plus efficaces, au détriment de beaucoup d’éléments.

Le modèle survivra-t-il à la crise et à ses objecteurs ?
Si non, vers quoi évoluera-t-il ?

  • Edit  07/12/09: La nouvelle coalition de droite a prévu un programme  (encore en discussion) en 2 temps: 
    • L'accélération de la croissance (hausse des allocations familiales, déductions fiscales pour les ménages les plus aisés, nouveaux avantages fiscaux aux entreprises, baisse de la TVA dans l'hôtellerie,...) ,
    • La baisse de l'impôt sur le revenu (le seul impôt progressif, c'est à dire le mode d'imposition le plus équitable)....
  • Edit  31/12/09: La France a été moins touché par la crise que l'Allemagne. Toutefois, c'est la France qui a le plus souffert du chômage. En réalité, trois éléments principaux ont rendu cela possible:
    • Le recours massif au chômage partiel (plus de 1,4 millions de salariés concernés),
    • Un papy-boom qui, en quelque sorte, a libéré de nouveaux emplois.
    • Une forte création d'emploi avant la crise.
  • On peut nuancer ce miracle car la majorité des emplois créés sont généralement de mauvaise qualité (précarité, temps partiel, petit job,...) pendant qu'une part importante des emplois de qualité et bien rémunérés a été détruite. 
  • Le modèle Rhénan ne faiblit pas et la croissance allemande repart rapidement, influencée par la reprise du commerce mondiale.

dimanche 31 mai 2009

L'Europe Energétique


La sécurité énergétique est l’un des grands défis à l’échelle européenne. La stratégie de la commission européenne tient en trois priorités :
  • Sécurité des approvisionnements,
  • Réduction de la consommation et des émissions de gaz à effet de serre,
  • Renforcement du marché énergétique intérieur en réorganisant les marchés de l’énergie.

1. Sécurité des approvisionnements
Concernant la première priorité, l’Europe, divisée, se trouve en position de dominée face aux pays exportateurs, comme la Russie. Apparemment, les dix prochaines années se seront guère meilleures (notre taux de dépendance énergétique est de 54% en 2006 et en 2020, les prévisions annoncent 56%).

Enfin, on se retrouve face à des aberrations comme le nucléaire français où 95% de l’uranium est importé…


2. Réduction de la consommation et des émissions de GES
Concernant la deuxième priorité, je dirais que tous les espoirs sont concentrés sur la techno-science et le « progrès ».
En effet, aucune baisse, de manière volontaire, de la consommation n’est prévue (le «toujours plus» prime).

Bref, cette priorité est entièrement dépendante de l’amélioration de notre efficacité énergétique. D’où le paquet-énergie adopté en décembre 2008 avec le fameux 3x20 pour 2020 :
  • Réduire de 20% les émissions de CO2 (par rapport au niveau de 1990,
  • Améliorer de 20% l’efficacité énergétique,
  • Obtenir au moins 20% de la production d’énergie via les énergies renouvelables.
Mais comme dit plus haut, comme aucune mesure n’a été prise pour consommer mieux, ce paquet-climat, bien qu’ayant de bons points, ne permettra pas notre salut. D’ici 2020, les prévisions prévoient en effet une hausse de nos émissions de CO2 et une hausse de notre demande énergétique (environ +4%), malgré une meilleure efficacité énergétique. A cela s’ajoute l’inefficacité de la taxe carbone (12 centimes la tonne sur le marché du carbone) et du principe pollueur-payeur (deux procédés déjà très controversés) : les quantités de CO2 émise dans l’atmosphère ne seront payantes qu’à partir de 2027.

La part du renouvelable (20%) sera également difficile à atteindre. On parle d’une moyenne de 13% à 20% d’énergies renouvelables dans la consommation primaire d’ici 2020 (avec des écarts plus ou moins importants selon les scénarios). Pourquoi cela ? Nous allons le voir dans l’analyse de la troisième priorité.


3. Renforcement du marché de l'énergie
La réorganisation du marché de l’énergie, sous entend libéralisation du marché de l’énergie. Toutefois le processus de libéralisation impose la privation. De ce fait, la faveur en revient aux technologies qui ont les coûts d’investissement les plus faibles et la meilleure rentabilité à court terme, à savoir les plus polluantes comme le gaz ou le charbon. Ainsi, d’ici 2012 en Europe, plus de deux tiers des nouvelles installations électriques concerne les centrales à gaz.


Pourtant une politique énergétique digne de ce nom, devrait plutôt agir sur nos facteurs propres à savoir les choix technologies, la diminution de la demande (économie d’énergie via des nouvelles normes ou de des investissements) car nous ne pouvons rien sur des données externes comme le prix ou les quantités disponibles. A la place, nous nous retrouvons avec des objectifs qui s’opposent.

Le WEO (World Energy Outlook) nous annonçait fin 2008 que :
« La demande mondiale d’énergie primaire va croître de 1,6% par an en moyenne entre 2006 et 2030 - soit une augmentation de 45%. Ce chiffre est inférieur à celui prévu l’an dernier, principalement en raison de l’impact du ralentissement économique, de la perspective de prix plus élevés et de nouvelles initiatives politiques. »

C'est d'autant plus rassurant que l’arrivée du pic pétrolier est imminente.

Les frontières de l'UE?


La marque de la citoyenneté européenne, c’est peut-être le fait d’accepter des valeurs généreuses et universelles :
Démocratie, Dialogue, Droits de l’Homme et Solidarité (3DS).

Une Europe puissante doit se surpasser sur plusieurs points : militaire, économique, technologique et culturel. Ces points ont des conséquences sur les frontières et les frontières (ou l’absence de frontières ?) de l’UE ont des conséquences sur ces enjeux. Alors commence le débat des limites de l’Europe.

L’ouverture de l’UE suscite craintes et réticences :
« De l'Atlantique à l'Oural »
(De Gaulle)

« Il n’y a de frontières que celles de la démocratie »
(J. Chirac)

« Les frontières de l'Europe sont naturelles »
(N. Sarkozy)

L’UE va t-elle s’élargir indéfiniment ?
Pourquoi pas la Turquie, la Russie voire le Liban, Israël ?

Aujourd’hui l’Europe est un acteur clé dans la stabilisation de crises extérieures. Elle agit en puissance normative et on peut citer en exemple :
- La régulation de la compétition,
- Les négociations à l’OMC,
- Une esquisse d’un modèle européen de sécurité énergétique…

Pour certains, l’expansion spatiale de l’UE obéit à une vision américaine : achever le travail de stabilisation et de démocratisation entamé après la seconde guerre mondiale pour intégrer dans la future union, tout le continent (Turquie et Caucase inclus (sans la Russie évidemment)). L'UE se résumerait alors à une simple organisation internationale sans ambition politique.
D’ailleurs le traité de Lisbonne que l’on traine depuis 2004, permet la compatibilité (non exprimée) avec un Marché Commun Transatlantique UE-US. Depuis quelques mois, nos députés européens ont votés à plusieurs reprises et approuvé ce vieux projet mais ils se sont bien gardés de l’évoquer. Indirectement, nous nous sommes engagés à ce que dès 2015, un rapprochement est lieu entre l’UE et les US avec, à terme, la libre circulation des marchandises et des capitaux. Or à l’heure actuelle, peu de personnes savent qu’un grand marché transatlantique est en train de se créer.

Pour pouvoir adhérer à l'UE, un pays doit avoir des institutions stables et démocratiques, une économie de marché et la capacité de respecter les textes européens. En plus du moteur économique et politique, il existe également un ciment culturel de valeurs, perçu différemment par chacun de nous. Ces valeurs évoluent et peuvent être subjective mais on retrouve souvent le foyer gréco-latin, la chrétienté, la démocratie ou encore les Lumières.
Le débat de l’élargissement « pour qui ? » concerne certains pays comme la Macédoine, l’Albanie,… Mais principalement deux pays font couler beaucoup d'encre : la Turquie et la Russie, tous deux très vastes et très peuplés :
L’union Européenne doit-elle admettre comme membre la Russie et la Turquie ?


1. La question de la Turquie
C’est un problème multi-factoriel très controversé : géographique, historique, culturel, religieux... Si la géographie, l’Histoire et la culture sont des points fragiles car subjectifs, il existe à ce jour, trois faits politiques reprochés à la Turquie, l’empêchant de prétendre à l’entrée dans l’union européenne :
- La non-reconnaissance des génocides,
- L’occupation militaire illégale de Chypre,
- Le conflit kurde.

A cela s’ajoute la question des droits de l’homme (mais qui pourrait à terme concorder avec la vision européenne [pour ne pas dire occidentale]), de la démocratie écartant les minorités (kurdes en particulier) et de la laïcité en faillite. En effet, l’émergence du parti islamiste AKP a accélérée la déroute de la laïcité. On peut citer, par exemple, l’autorisation du port du voile à l’université ou les subventions aux écoles coraniques (contrairement aux écoles laïques). Là encore, il y a controverse car l’UE (y compris la France) a plus ou moins soutenu la « laïcité positive » et assouplie. Pis encore, certains pays-membre ne sont pas très laïque en soit (Pologne…).
Toutefois, la principale question aujourd’hui est de savoir si l’UE possède une identité et une culture propre (occidentalo-chrétienne donc) ou si elle « juste » porteuse d’un projet de paix, de stabilité et de prospérité.
Le débat s’élargit donc au problème de la civilisation à travers la question de la compatibilité religieuse et certains se demandent si les valeurs de l’Islam sont compatibles avec celle de l’UE (la chahada…).

Il est également intéressant de se mettre du coté turque. La Turquie est elle-même en porte-à-faux entre ses voisins de l’Ouest et ses voisins de l’est (Iran). Pour les pays arabes, son entrée dans l’UE pourrait être considérée comme une trahison et un rapprochement hypothétique avec Israël. Du point de vue de la Russie, ce serait encore pire.
Si la Turquie souhaite être européenne, c’est bien plus pour des motifs économiques que pour des raisons symboliques ou identitaires. On le voit à travers l’opinion publique turque relativement insensible au refus de l’Europe.

Toutefois, les avantages géopolitique pourraient être grand pour l’UE: La Turquie veut illustrer la conception la plus modérée de l’Islam, tente de jouer un rôle d’intermédiaire entre l’occident et le monde arabe et coopère de plus en plus avec le Caucase en matière énergétique à l’heure où les problèmes de dépendance énergétiques deviennent catastrophique.

Enfin, est-ce que l’intégration de la Turquie ne consoliderait-elle pas la démocratie comme cela a déjà été le cas dans l’UE ?
D'ailleurs, je dirais que la Turquie a déjà un pied dans l'UE si on en considère les prêts européens d'aide de pré-adhésion s'élevant à plus de 550 millions d'euros aujourd'hui.


2. La question de la Russie
Le débat est, une fois de plus, très houleux avec des critiques quant à sa démocratie et à ses méthodes expéditives.

L’URSS s’est toujours opposée à des actions européennes (plan Marshall,…) et garde encore une rancœur avec ses anciens «enfants» (Ukraine,…). A ce sujet, l’entrée dans l’UE de certains pays ayant appartenu à l’ex-bloc soviétique, pourrait être assimilé à une provocation de l’Europe envers la Russie. Pour cette raison, de nombreux responsables souhaitant maintenir de bonnes relations avec la relation, se sont rangés à la volonté de la Russie. Les limites de l’Europe serait-elle au-delà de la politique, devenu un rapport de force ?
En tout cas, si la Russie demandait à devenir membre de l’UE, les limites pourrait être repoussées jusqu’au Pacifique !

Pour revenir aux relations difficiles, on peut encore évoquer les relations tendues entre la Russie et la Turquie. On a très bien remarqué l’hostilité russe vis-à-vis de la volonté d’adhésion de la Turquie lors des référendums de 2004 de l’ONU à Chypre. Réciproquement, l’entrée de la Russie dans l’UE serait également très mal vue par la Turquie.


Une alternative a été remise sur le tapis par M. Sarkozy le 5 mai 2009: un partenariat avec la Turquie et la Russie. Évidemment les enjeux d’un tel partenariat sont commerciaux mais surtout énergétique.
Si un partenariat économique et de défense pourrait intéressant la Russie (et inquiéter les États-Unis), la Turquie a, quant à elle, immédiatement (le 12 mai) rejeté l’idée d’un tel partenariat, n’acceptant aucune alternative à l’adhésion européenne.

Finalement on retrouve la question centrale du :
"Qu’est-ce que l’Europe ?"
La construction européenne est-elle une utopie basée des valeurs mortifères et une natalité très basse ? Est-ce un simple marché économique ? Pour quelles frontières ? Est-ce avant tout une culture occidentalo-chrétienne avec des frères membres et des amis ? Ou enfin est-ce « uniquement » un projet de paix ?



mardi 26 mai 2009

Les pathologies alimentaires

Suite à une présentation-débat, je retranscris ici ma partie liée à la sociologie de l'alimentation. Ne sont donc présent ni les interventions de la présentatrice, ni l'intervention de la spécialiste en médecine.
J'ai essayé de rendre cet article cohérent malgré l'absence de leurs interventions.



Les pathologies alimentaires, des vraies pathologies ?

L'anorexie est considérée comme une pathologie par le corps médical cependant, certaines personnes s’y opposent. Par exemple, Jacques Maitre, sociologue (des religions français) définit l'anorexie comme « une manière anorectique d'être au monde ». Pour lui, l’anorexie est un refus d'occuper la place assignée à la femme dans la société actuelle et la volonté de nier ses besoins corporels.

L’anorexie se situe alors dans un refus conscient et inconscient d'accepter les règles du jeu de la société. L’anorexie et les pathologies alimentaires en général ne sont pas seulement liées à des images médiatiques, mais aussi aux incitations à « être soi-même », «prendre sa vie en main», «devenir ce que l’on est».


Déféminisation/Androgynie
On peut mettre l'anorexie en parallèle avec les évolutions récentes de nos sociétés telles que la remise en question du rôle du père, de l’autorité, de la toute-puissance maternelle, de la féminité, des lois de la consommation ou de l’affaiblissement des institutions telles que la famille.
Ainsi, une des évolutions est celle de l’image de la femme, de son statut, de son rôle et de ses droits au siècle dernier, qui a remis très fondamentalement en cause l’image de la femme. La femme des années 80, modèle de réussite et d'accomplissement dans le travail : le modèle "unisexe" offre un exemple de cette déviation des rôles et des qualités féminines.
Cela affecte également l’homme et sa représentation de la masculinité ; en général, il apparaît clairement que nous entrons dans le temps de la reconstruction identitaire.
Les gains à tirer durant cette étape sont grands et de nombreuses publicités utilisent cette vulnérabilité en mettant en avant l’androgynie comme par exemple Calvin Klein ou encore certains chanteurs/chanteuses (Tokyo hôtel, Marilyn Manson…) qui portent des vêtements unisexes et extra-slim. Cette mode culturelle et vestimentaire concerne aussi bien les hommes que les femmes.

Il est possible de faire un parallèle entre ces courants socio-culturels et les troubles des conduites alimentaires : on retrouve les préoccupations concernant le corps, son image, la minceur… Naissent alors les troubles des conduites alimentaires.

Pour certains, nous assistons en direct au glissement d’un symptôme psychologique, que l’on nomme l’anorexie mentale, à un symptôme sociologique relié à une mode vestimentaire.
Pas besoin d’aller très loin, il suffit d’aller voir les rayons de vêtements pour jeunes, dans les magasins, pour constater qu’il existe maintenant toute une mode et une collection (extra small) de vêtements unisexes pour anorexiques. C’est une sorte de standardisation physique et sexuelle des vêtements.

Ce problème lié et à une certaine fragilité, et à l’envie (esclavage ?) de suivre à tout prix une mode vestimentaire. C’est dans cas refuser le droit aux adolescents de vivre en bonne santé.

Heureusement, de plus en plus de maisons de couture, notamment en Espagne, se sentent concernées par ce problème, et pour ne pas l'aggraver, elles ont décidées de sélectionner leurs mannequins avec un poids minium, sous lequel elles ne doivent pas descendre, ce qui est déjà un premier pas...


Dérégulation de la société
Selon, Thierry Vincent, psychiatre (cf. son livre « l’anorexie ») il existe un lien entre la désymbolisation des sociétés libérales et la disparition des limites depuis quelques décennies.
On assiste à une remise en cause des structures qui apprenaient à l’individu qu’il doit mettre un frein à ses envies.

Dans l’inconnu, l’anorexique va tenter d’opposer un début de résistance en commençant par son corps. Ce contrôle draconien, va s’accompagner d’une érotisation sadique dans la prise de pouvoir de son propre corps : Le corps ne doit pas exister. Il est vécu comme un accessoire absurde, incongru, inutile. Il doit se faire de plus en plus discret, de plus en plus transparent, voire inexistant. C’est une sorte d’activité de trans-parentalisation, remplacer le rôle des parents.

Il y a également une difficulté grandissante à gérer les émotions. On parle d’environnement invalidant (c'est-à-dire une communication faussée avec l’enfant, des expériences émotionnelles mal gérées, des problèmes d’éducation...).

C’est par exemple le cas des familles chaotiques (peu d’attention donné aux enfants, abus…), ou encore les familles parfaites (intolérances des émotions négatives).
Ainsi se développement le mérycisme à tous les âges, pathologies où l'individu (en majorité les enfants en bas âge et les personnes âgées) ruminent son bol alimentaire, avec pour cause le manque d’attention.

L’enfant, voire l’individu, peut alors perdre le contrôle, devenir vulnérable, être perdu…Il va alors chercher ses limites via les conduites à risques (suicide, consommation excessive d’alcool, développement de pathologies…).
Ce sont des choix de sociétés dont nous sommes responsables et qui ont modifié la façon dont les enfants et les jeunes vont aborder l’existence.

L'anorexie est une maladie de la dérégulation :
La notion même de liberté perd son sens dès lors que tout est permis: une sorte de liberté sans boussole.
L’humain pour être humain a besoin d'être éduqué via les rituels et les codes.
L'anorexie s'est développée à partir du moment où ont été remise en cause les instances institutionnelles qui permettaient cette éducation à l'humanité.
En même temps, je vous laisse imaginer que des êtres mal sevrés, mal entrainés à limiter leurs pulsions feront de bons consommateurs.

Finalement le problème est d’ordre anthropologique. Il touche à notre rapport au temps, à la différence sexuelle et à la différence entre les générations et à la consommation.


Déstructuration de la table et nouveaux comportements alimentaires
On le remarque particulièrement dans les problèmes d’obésité et de surpoids. On retrouve 2 aspects.

a. Aspect 1 : Les facteurs alimentaires
Ils interviennent à 3 niveaux :
  • L’excès d’apport (le quantitatif) : Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, une grande proportion des humains peuvent s'alimenter suffisamment, voire se suralimenter ou s'alimenter sans tenir compte de leurs besoins. De très nombreux aliments sont accessibles, 7 jours sur 7 et 24h sur 24, en libre service, ce qui peut favoriser le grignotage.
  • L’excès d’apport (le qualitatif) :Un environnement riche en nourritures toutes aussi délicieuses les unes que les autres procure de multiples tentations. Nombre d’entre nous se comportent en nouveaux riches qui, après avoir manqué, veulent « tout et toujours plus, tout de suite ». On observe une augmentation dans la consommation de produits sucrés notamment sous la forme de boissons, de crèmes desserts ou le choix augmente également.

Les comportements alimentaires sont déréglés :
« Les gens mangent à toutes sortes d’heures, font mille et une diètes. Tellement qu’ils ne savent plus reconnaître les signaux de la faim et de la satiété. »
Les nutritionnistes montrent aussi du doigt les portions, jugées trop grosses, surtout au restaurant. Alors qu’il faudrait apprendre à moins manger, la nourriture est disponible 24 heures sur 24.
C’est la déstructuration des rythmes des repas, qui caractérisent les modes de vie actuels en Europe, et de manière générale une mauvaise hygiène de vie.

On
remarque aussi que les horaires des repas ont beaucoup changés:
o Le petit déjeuner est souvent « bâclé » ou inexistant (et est apparu la collation de 10H jugée « mauvaise »),

o Le repas de midi est pris à toute vitesse : sandwich... Le temps consacré au déjeuner est passé en vingt ans, de 1h40 à 40 minutes en moyenne, voire à moins de 10 minutes chez certains snackeurs (donc adaptation de la restauration).

o Le repas du soir est le seul moment ou on se retrouve en famille pour un « bon souper » qui en fait le seul « vrai repas » ou on prend le temps de manger. Et encore, tout est relatif… (mange devant la TV…).


b. Aspect 2 : Les facteurs liés à la dépense énergétique
Nous sommes devenu de plus en plus sédentaire, passant d’une activité physique importante à la sédentarité : réduction de l’activité physique, NTIC, véhicules, la thermorégulation assistée…

c. Bref les modes de vie évoluent
Notre rapport à l’alimentation est de plus en plus individualisé à travers les plats individuels ou la cuisine d’assemblage…Les repas seuls entraînent la disparition des normes sociales et le besoin de nouvelles normes : c’est l’avènement des normes des nutritionnistes, des livres de nutrition, des étiquettes porteuses de conseil, de la publicité…On peut d'ailleurs citer l'apparition de l'orthopraxie, une pathologie liée à la recherche de la perfection alimentaire.


L’industrialisation et la globalisation
L’agroalimentaire crée une nouvelle génération de consommateurs, jouant avec leurs besoins physiologiques, mais aussi leurs désirs et les représentations qu’ils se font de leur corps. Les consommateurs cherchent alors leur voie entre les plaisirs et les angoisses de la fourchette.
Bernard de Mandeville (écrivain-médecin du XVIIIe siècle) et Adam Smith (économiste et philosophe du XVIIIe siècle) ont contribués à la mise en place d'une société de marché par des idées telles que :
"Les vices privés font la fortune publique".
Combinant nouveaux produits, nouveaux emballages, nouvelles techniques de cuisson et de conservation, et arômes plus vrais que nature, les industriels ont brouillés tous les repères traditionnels. A tel point que pour le mangeur de la fin du siècle, identifier et comprendre ce qu’il mange est devenu une nécessité et une vraie préoccupation.

De plus, la globalisation des produits a tendance à aggraver les crises alimentaires à cause des milliers de kilomètres parcourus par nos aliments avant d’arriver dans nos assiettes. Les différentes crises sanitaires en sont un bon exemple : les souches de virus, capables de se recombiner entre eux et de muter, circulent à travers le monde.

Pour Daniel Cohn-Bendit (homme politique écologiste, les verts):
"L'épidémie de grippe porcine est une crise de notre mode de vie, une crise de la dégradation écologique".
Cela devient l’angoisse des mangeurs avec des nouvelles pathologies comme la phobie de s’empoisonner.

Ainsi de nos jours, nous ne savons plus vraiment ce qu’il y a dans nos assiettes. Notre rapport à l’alimentation est modifié…L’industrialisation de l’alimentation et l’urbanisation transforment profondément la manière avec laquelle les aliments sont produits et consommés.
Elles modifient les pratiques alimentaires provoquant :

- Une plus grande dépendance à l’égard de certains aliments,
- Un accroissement des produits à emporter, souvent gras et sucrés,
- Une augmentation de la consommation d’aliments énergétiques et de produits animaux.
- Un changement des préférences et des goûts.

Les hypermarchés, en associant une offre très large et la consommation de masse, sont devenus des agents à la fois de la diversification et de l’unification des goûts.

Certains pensent qu'en ce début de siècle, les pathologies alimentaires (pas seulement l'anorexie et la boulimie, d'ailleurs) se généralisent, témoignant par le corps d’un « ras-le-bol » vis-à-vis de notre société de consommation.


Les médias
Avant d’être produits, nourritures ou goûts, l’alimentation est d’ abord un discours. A travers les médias, les producteurs alimentaires, industriels, publicitaires, restaurateurs et nutritionnistes transmettent dans l’opinion des images multiples et souvent contradictoires du « bien manger ». Au risque d’une certaine confusion…
L’alimentation est l'image que nous renvoie la société qui nous "forme", "transforme", "déforme"… Que ce soit la recherche de la minceur ou par les techniques de publicités.

C’est le cas de la publicité behaviouriste va rechercher des réponses réflexes (association stimuli-marque) ou encore celui de la publicité de suggestion qui exploite les névroses. La publicité renforcent les conflits psychiques : elles désarment les résistances puis offre un contre-argument plus fort.
Le rôle de la publicité est de transformer les besoins en manque d’où la création de déséquilibre psychique et de conduites addictives en utilisant les fantasmes les plus basiques.

L’univers de l’alimentation autrefois à liens sensoriels devient un univers de liens symboliques : étiquettes, publicités, médias.


Les pathologies alimentaires, un phénomène de mode ?
De plus en plus d'émissions de télévision sont consacrées à ces problèmes, ce qui démontre (par l'absurde...) à la fois l'intérêt que ce "phénomène" suscite auprès du "public", et surtout la place de plus en plus importante qu'il prend dans notre société...Cela prend une telle ampleur, qu’il y a un risque de banalisation.

Ainsi, selon Anne-Marie Lizin, sénatrice lors de la proposition de la loi contre le pro-ana : L'anorexie est un fait de société :
« Malgré la multiplication des cas extrêmes et tragiques, l'anorexie reste une maladie désirable, voire un phénomène de mode. (...) Ainsi en témoigne le succès du mouvement pro-ana, qui signifie pro-anorexique. La dictature des régimes rend les jeunes femmes anorexiques. L'anorexie est partout : publicité, magazines, défilés… Comment pourrait-elle lutter contre l'anorexie alors que la société prône constamment les valeurs qui sont à la source de l'anorexie ?»
J’aimerais d’ailleurs vous parler d’Isabelle Caro, une française, 32 kg pour 1m65. Elle s’est fait connaître en tant qu’ambassadrice de la lutte contre l’anorexie via une pub choquante, montrant une femme squelettique. L’objectif de prévenir l’anorexie et faire connaître la ligne de vêtement no-l-ita. Or pour le photographe, la réalité en est tout autre :

« C'est terrible ce qui est en train de se passer. Isabelle est en train de devenir une starlette, les médias sont en train de la glorifier donc, indirectement de glorifier l’anorexie. Exactement le contraire de ce que je voulais faire avec cette campagne. »

Le politique et moyens mis en œuvre
Les lois pour la malbouffe : protéger les Fast Food aux US
Aux Etats-Unis, on remarque différents mouvements : ceux qui vont intervenir directement dans la lutte contre ces pathologies (association, dons des fast food aux instituts…) et ceux qui vont agir indirectement pour ses maladies.

C’est le cas par exemple aux US, avec la loi « pour la responsabilité individuelle dans la consommation alimentaire ». L’objectif est clair : « protéger un secteur de 12 millions de salariés » ; ce secteur c’est principalement celui de la restauration rapide. L’auteur de ce projet (le républicain de Floride Ric Keller) s’oppose contre ce qu’on surnomme les « fat suits » (littéralement « procès gras »). En effet, plusieurs procédures ont été engagées aux Etats-Unis contre le phénomène d’accoutumance ou contre le manque d’information. Le but de cette loi est de diminuer les poursuites de ce genre.

Or Le coût, en termes de santé publique, est loin d’être négligeable : il était en 2000 de 117 milliards de dollars en 2000 (A titre de comparaison, coût du tabac en 2000 aux US : 140 milliards ou plan de relance FR de décembre 2008 : 26 milliards d’euros).

Or, on sait que l’absence d’exercice physique et le mode d’alimentation ne résultent pas que de choix individuels, mais sont au contraire largement influencés par la publicité et le mode de vie qu’elle véhicule. Le fait de fumer, de boire ou le type d’alimentation et d’activité physique sont le résultat de signaux culturels et commerciaux forts. On peut alors se demander de quel coté se trouve certains de nos représentants.

L’obésité comme contrôle des masses (Philippe Micaelli, Miami)
Le pourcentage d'obèses aux Etats-Unis (1 sur 3) permet de se poser la fameuse question : A qui profite le crime ? J'ai découvert récemment une théorie synthétisant tout ce à quoi je pensais et il est d'ailleurs possible de l’extrapoler à toutes les pathologies alimentaires. En effet, cette théorie nous apprend que cela permet de créer un triple contrôle :

*Le contrôle financier : Concernant le surpoids et l’obésité, les grandes entreprises alimentaires fabriquent des produits qui contiennent volontairement des ingrédients favorisant la prise de poids, la sensation de faim et le besoin de boissons. L'extraordinaire est que ces mêmes entreprises ont créé des produits allégés (plus chers) et créateur de carences.
En parallèle, les sociétés pharmaceutiques inventent sans cesse de nouveaux traitements et régimes (contre l’obésité, surpoids, pathologies), solutions encouragées par la presse. La personne essaye un de ces traitements, aussi aberrant que ce soit au niveau des prescriptions que dans ses prétendus résultats.

Il en ressort deux modèles:
o Ceux dont la tromperie se situe au niveau des résultats miraculeux en quelques semaines, voire en quelques jours. Dans le cas du surpoids et de l’obésité, cela consiste en une réduction draconienne des apports caloriques. Ce qui entraîne une perte de poids fulgurante, certes, mais qui n'est pas tenable à long ou moyen terme pour des raisons avant tout psychologiques.

o Les autres dont l'illusion est de faire croire qu'il est possible de maigrir sans se priver, ou sans changer radicalement ses habitudes alimentaires. Ces régimes sont généralement assez inefficaces dans la mesure où un changement radical du mode d'alimentation est pour le moins nécessaire à qui veut maigrir.


*Le contrôle psychologique :
Les malades se heurtent à chaque instant de leur vie sociale à l'image que souhaite donner la société (top model, jeunesse éternelle, les sportifs ...).
La seule manière de compenser pour ces malades est de se tourner vers des rêves inaccessibles. Concernant l’obésité, l'avalanche de publicité des régimes ou produits amincissants en est l'illustration parfaite. Ce contrôle rejoint le 3e contrôle :

*Le contrôle des mouvements : Lorsque l'on est obèse, anorexique, boulimique ou autre, toute action sociale et sortie devient plus difficile.
Petit à petit, on assiste à une uniformisation vestimentaire (pour les obèses, c’est les sandales remplaçant les chaussures, les grands vêtements informes ; pour les anorexiques, ce sont les vêtements noirs extra small), les déplacements se font moins fréquents, à courte distance et sont sécurisés en utilisant le même trajet quotidien. A-t-on déjà vu une manifestation d'obèses ou d’anorexique ? Ces personnes ne peuvent remettre en question la société dans laquelle il vit.

Les sociétés passées du Moyen-âge contrôlaient leurs populations en les affamant et en imposant des taxes pour rendre quasi-impossible tout mouvement de rébellion ou de révolte.
Aujourd'hui les mêmes recettes sont utilisées, seuls les outils ont changés : la famine a été remplacée par la suralimentation et la surabondance ponctuée par des impôts indirects importants sur la consommation.


Là dessus, j'estime important de citer Zbigniew Brzezinski, l'ancien adjoint à la sécurité du président Carter et membre du conseil de Davos:

« L’économie mondiale n’aura bientôt plus besoin que de 20% des humains…Que faire des 80% ? Il propose un cocktail d’alimentation suffisante et des divertissements abrutissants pour conserver leur bonne humeur »



Maladies des pays riches ?
On parle donc bien de maladie, car en Mauritanie, le gavage est une pratique courante. Cette nouvelle forme de séduction consiste à créer des formes généreuses artificielles en consommant des médicaments destinés à favoriser la croissance des bovins.
Au cœur du gavage, il y a l’orgueil. Cette pratique est en effet la marque des familles aisées, seules à pouvoir débourser les sommes nécessaires et, pour qui, gaver leurs filles est un signe extérieur de richesse. Plus la fille est grosse et plus les gens considèrent que sa famille est riche et importante. Cette tradition se maintient aujourd’hui surtout pour une raison purement économique. De nombreuses mesures ont d’ailleurs été prises par l’actuel président pour faire disparaître ce phénomène :
Toutefois, seulement 25% des femmes y sont obèses contre 40% aux US !

Dans les pays développés, un corps en bonne santé, svelte et longiligne est devenu valeur culturelle et une certaine pression sociale s’y exerce.

Au contraire, dans les pays riches, les pauvres auraient plutôt tendance à grossir comme le montre ce rapport US, publié par l'UCLA (Center for Health Policy Research). Ce dernier montre que les adolescents californiens issus des milieux défavorisés ont presque trois fois plus de chances de devenir obèses que les adolescents issus des milieux plus aisés.
Les conclusions de ce rapport démontrant un taux d'obésité plus élevé chez les adolescents issus des milieux défavorisés. Elles suggèrent que les obstacles aux bonnes pratiques alimentaires, à la nourriture saine et à l'activité physique existent toujours mais s'agrandissent de plus en plus.
On assiste à une augmentation constante de la consommation de boissons gazeuses sucrées, de nourriture "fast-food" et une diminution du nombre des repas pris en famille associées à une réduction de l'activité sportive et une augmentation du temps passé devant la télévision.

Et c’est un fait. Selon l’Institut de recherche pour le développement (IRD), les pathologies alimentaires, quelles qu’elles soient, ont commencé à se développer dans nombre de pays riches et émergents, à ressources importantes et aux économies internationalisées. Progressivement, le phénomène s’est propagé aux autres pays à croissance rapide, et même aux sociétés urbaines de pays pauvres.
En effet, même si les données sont rares et controversées, quelques études et auteurs soulignent des cas d’anorexie mentale en Afrique noire (à prendre avec des pincettes étant donné la difficulté).

Ainsi les pathologies alimentaires
touchent toutes les populations qui s’occidentalisent et touchent principalement les familles modernes appartenant à des milieux urbains et des classes sociales aisées, celle qui rompt avec la tradition (comme au Japon).